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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Aline Belfort-Chanol

Aline Belfort-Chanol



Le carnaval tropical de Paris est passé. Avec un temps fort qui intrigue toujours les observateurs le fameux bal paré- masqué qui nous vient de la Guyane et qui renferme sa part de mystère. AMINA a rencontré Aline Belfort-Chanol, une spécialiste de cette tradition, par ailleurs auteur d’une thèse sur cette question.

Le carnaval en Guyane est un temps fort de la vie festive. Vous vous êtes penchée sur l’un de ses aspects le “bal paré-masqué”. Pouvez-vous nous décoder cette bien étrange tradition ?

Le bal paré-masqué est une spécificité bien guyanaise, une tradition carnavalesque qui ne cesse de se renforcer au fil des ans. Il a lieu le samedi soir pendant le carnaval.
Décoder le bal paré-masqué revient à analyser le rituel qui s’est construit autour d’un personnage mythique mystique, énigmatique, fantasque le touloulou.
Le déguisement du corps, de la voix et le port du masque obligatoires, concourent à cultiver l’anonymat, clé du mystère qui entoure la maîtresse du jeu carnavalesque.
Ce rituel a pour composants :
-  L’interdiction de démasquer un touloulou.
-  La configuration des dancings (piste réservée surtout aux touloulous et à leurs cavaliers, l’estrade pour l’orchestre, le balcon et actuellement les gradins, les miroirs, le bar).
- Le style de musique et la structuration des morceaux,
- Les instruments (le trombone et le saxophone entre autres sont indispensables)
- La danse (elle s’inspire du Kaséko, danse traditionnelle guyanaise, par son style qui peut être acrobatique auquel s’ajoute un jeu fort accentué des hanches).
- La circulation dans la salle (sens des aiguilles d’une montre)
- L’inversion (le touloulou est une femme depuis 1950 environ. Seul ce personnage a le droit d’inviter l’homme à  danser)
Tous ces éléments servent de supports aux jeux qui s’instaurent entre les touloulous et le public.

Y a-t-il une explication à la pérennité de ces bals en Guyane ?

Le bal paré-masqué traverse le temps grâce à sa faculté d’adaptation. La musique, les dancings, les costumes des touloulous intègrent des éléments de modernité dans lesquels se retrouvent les jeunes générations. La moyenne d’âge du public est en baisse depuis plus d’une décennie.

Ce bal paré-masqué est plein de mystères... Est-ce un héritage des sociétés secrètes d’esclaves apparues aux Antilles au moment de la Révolution française ?

Le bal paré-masqué est né du syncrétisme de plusieurs forces culturelles mises en présence dans la société de plantation. La parodie y tenait et tient encore une large place. Le bal paré- masqué est un exemple de créolisation. Le mystère qui l’entoure tient surtout au trouble qu’engendre l’absence d’identification du touloulou, de la maîtrise d’évènements qui peuvent survenir au cours de cette manifestation (rencontre fortuite ou indésirable, le risque de tapisser ou d’être souvent sollicité, être sujet de moquerie ou de taquinerie sympathique…),terreau fertilisant l’imaginaire.

Comment la réalité sociale inspire-t-elle ces bals ?

Les carnavals les plus somptueux ont eu lieu durant les périodes fastes sur le plan économique (1880-1916 cycle de l’or et 1917-1946 le cycle du balata et du bois de rose).
L’après-guerre fut une période difficile pendant laquelle le toutoulou s’est féminisé, un changement très important dans l’histoire du bal paré- masqué. Cette mutation a influencé les sens profonds de cette manifestation et les rapports entre l’homme et la femme.
Les deux dernières décennies ont été marquées par l‘influence de la mondialisation. Une mutation sensible est à noter dans la musique et la danse (apparition du piké djouk), les costumes et les masques, la configuration des dancings, le comportement du public...

On dit qu’aller au bal paré masqué, c’est aller à l’université ; un peu curieux que cette dérision ?

Pas tant que cela. Les études supérieures ne sont-elles pas dispensées dans les Universités ? Le bal paré-masqué est réservé aux danseuses et danseurs émérites ou à ceux qui ont l’intention de le devenir. Le bal paré-masqué est un lieu de créativité, d’exhibition où l’éternel débutant n’aura jamais sa place.

Dans ces bals, il y a un pur produit guyanais. C’est le fameux Touloulou. Dites-nous qui il est. Est-il vraiment ce produit unique au monde comme on le décrit ?

Le touloulou est la maîtresse d’un jeu de rôle qui laisse les cavaliers à la merci de leur choix et de leurs facéties.
En Guyane, cette forme originale du bal masqué venu d’Europe, par son rituel, semble être un produit unique au monde. Quand bien même il est organisé ailleurs.

Le touloulou est donc une bien étrange créature, pleine de mystères, avec dentelles juponnées, châles à fleurs, qui sont cas dames ? Des épouses rangées, des mères de familles qui se métamorphosent et pour jouer à quoi ?

Et de plus en plus... Les dames rangées vont se divertir au bal paré-masqué. D’autant que les tabous qui pesaient sur cette manifestation festive tombent (Pieu où ne peuvent se trouver que les gens de "mauvaise vie” peu recommandable, "des femmes élégantes mais de moeurs légères"…)
Les classes sociales ? Elles n’existent pas au bal paré-masqué.

Donc, l’espace d’un soir, ces femmes prennent le pouvoir ?

Chaque samedi soir pendant la période réservée au carnaval, du premier dimanche suivant l’épiphanie au mercredi des cendres.
Les femmes transformées en touloulous prennent le pouvoir. Le pouvoir de dédaigner ou de séduire. Le pouvoir de choisir leur cavalier qui ne peut refuser l’invitation. Le pouvoir de les conduire là où elles veulent à travers la danse.

N’y a-t-il que des femmes sous ces atours féminins ?

Il se dit que non. Mais, la règle est formelle le rôle du touloulou doit être tenu par la femme.

Les femmes invitent à danser. Comment comprendre cette inversion des rapports de séduction voire des rôles sexuels ?

D’autres formes de séduction sont mises en oeuvre. Le touloulou, à travers la danse, donne le ton à son cavalier. Par ses propos et ses attitudes allant de la réserve à l‘exhibition, il exprime en toute liberté grâce au masque ses  impressions et sentiments.
Cette inversion des rôles, un soir, pendant quelques semaines est-ce suffisant pour entraîner une inversion des rôles sexuels ? Le bal paré-masqué s’est structuré avant tout autour du jeu.

Selon vous cette tradition a- t-elle livré tous ses secrets ?

Le bal paré-masqué ne livrera jamais tous ses secrets. Espace de créativité et l’imaginaire  n’ayant pas de frontière, sur ses fondations aujourd’hui séculaires, le bal paré-masqué continuera à habiter avec frénésie les touloulous et leurs cavaliers. 
                                                                      Jean-Jacques Seymour (10/06)

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