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Archipel Guadeloupe



Les cyclones   : Prévisions

1 - Historique et statistiques
2 - Organisation mondiale de la météo
3 - Bulletin national hurrican
4 - Qualité des prévisions cycloniques
5 - Prévisions à long terme
6 - Evolution des cyclones dans le futur


1 - Historique et Statistiques Cyclones 
 

La prévision fournie dans les différents messages du centre spécialisé de Miami, dite " official forecast " ou prévision officielle, provient de différentes sources. Le prévisionniste responsable (" hurricane specialist ") compare les différents modèles mis en oeuvre, puis en établit une synthèse ou fait son choix parmi les différents scénarios bâtis par ces modèles, à partir de son expérience : c'est l'expertise humaine.
Les modèles numériques de trajectoire cyclonique utilisés à Miami sont de plusieurs types :

  • statistique : ce type de prévisions repose sur la répétitivité dans l'espace et dans le temps des trajectoires des cyclones tropicaux. C'est le domaine de la climatologie et de l'analogie. On recherche alors, dans la base de données disponible, les cyclones anciens ayant des caractéristiques proches du cyclone étudié, en intensité, position, déplacement, au cours de la même partie de la saison, et on observe quelle furent leur évolution. On attribue alors au cyclone en cours le même type de comportement. Ces modèles s'appellent CLIPER (outre la Climatologie, il utilise aussi la Persistance du comportement analysé durant les 12 dernières heures), HURRAN (pour " Hurricanes analog ") notamment. Le modèle développé par nos collègues météorologistes de La Réunion, modèle dénommé MOCCANA, et adapté à nos régions antillaises en l'an 2000, est de ce type également.
  • dynamique : le principe est d'étudier le cyclone dans sa seule réalité météorologique du moment. Son environnement connu grâce aux différents paramètres analysés (vents, températures, humidité, pression atmosphérique, vitesse verticale, etc ...), on cherche un flux directeur issu d'une combinaison des flux analysés et prévus à plusieurs niveaux d'altitude. Les modèles dénommés AVN et NOGAPS sont des modèles globaux qui font référence. Des modèles à maille fine, donc plus précis que les modèles globaux dont la maille est souvent supérieure à 100 km, sont également mis en oeuvre pour connaître l'évolution de ce flux (modèles de type AVN/MRF). A partir de ces modèles globaux ou à maille fine, d'autres modèles sont mis en œuvre de type " barotrope " (version simplifiée du cyclone), on peut citer le modèle LBAR, ou"  barocline ", on peut citer le QLM (pour Quasi-Lagrangian Model), et le  "petit dernier " GFDL (du nom du Laboratoire Géophysique de Dynamique des Fluides qui l'a développé).
  • statistico-dynamique : alliant les avantages des 2 types précédents, le modèle NHC90 actuellement utilisé est une version perfectionnée, améliorée des modèles précédents NHC79, NHC83 et NHC86. Il combine la statistique, par analogie aux comportements de cyclones répertoriés dans une base, et l'aspect dynamique, prenant en compte les différents aspects de l'environnement météorologique du cyclone étudié. Il est donc couplé avec un modèle global de prévisions numériques qui, après avoir analysé cet état de l'atmosphère, fournit un état ultérieur, prévu à différentes échéances, généralement de + 6 heures à + 72 heures. Ce sont des modèles ayant la réputation d'être de bonne qualité, et ont fait leurs preuves durant les dernières années.

Toutes les 6 heures, une nouvelle analyse des caractéristiques du cyclone est établie, à partir des différents moyens d'observation possibles. On fait alors  "tourner " (des " runs " en anglais) les différents modèles disponibles qui délivreront leurs résultats, sous forme de sorties graphiques ou numériques, 2 à 3 heures plus tard. Certains modèles, comme les modèles globaux plus longs et plus lourds à mettre en oeuvre, ne " tournent " que 2 fois par jour.
Les différentes sorties sont alors exploités immédiatement, le choix pour la prévision officielle qui sera ensuite publié largement dans tous les messages et bulletins issus du NHC - les " official forecast " des advisories - étant du ressort du chef prévisionniste de Miami.
Mais il y a encore bien d'autres modèles de prévision numérique des trajectoires cycloniques de par le monde. Ce sont généralement des modèles baroclines globaux, combinant physique élaborée et absence de conditions aux limites puisque planétaire, les caractéristiques observées ou estimées du cyclone étant forcées dans l'analyse, autant que la résolution du modèle le permette.
Le Centre National américain de Washington a développé son modèle, tout comme actuellement le Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (le CEPMMT ou en abrégé C.E.P.).
On en a parlé précédemment, l'Office Météorologique Britannique (ou U.K. Met Office situé à Bracknell près de Londres) continue d'améliorer le sien, qu'il considère déjà comme très performant ; il est utilisé aussi bien par les météorologistes de Météo-France que par les prévisionnistes du NHC de Miami.
L'Agence Météorologique Japonaise exploite, quant à elle, un modèle spectral de portée mondiale qu'il adapte pour la prévision du déplacement des typhons.
Quant aux modèles de prévision d'intensité cyclonique, ils sont moins nombreux et n'offrent pas les mêmes qualités ; les modèle SHIP et SHIFFOR, les plus couramment utilisés par le NHC de Miami, fournissent des résultats parfois encourageants, parfois très éloignés du compte. Certaines récentes déconvenues (GEORGES 1998, DEBBY 2000 notamment) montrent que les changements d'intensité des cyclones, et les renversements de tendance dans leur évolutions sont rarement bien anticipés… La recherche en ce domaine a de longs et beaux jours devant elle…

2 - l'Organisation Mondiale de la Météo 
 

Avant le développement de nos techniques, en Inde Occidentale, c'est-à-dire aux Antilles, les sages prétendaient que " le cyclone s'annonce par une sorte de rareté dans l'air, une qualité insupportable et inhabituelle de la chaleur, un azur gris cendré, le frétillement imperceptible de la surface de la mer ". Ils ajoutaient que " peu avant les cyclones, on entendait, la nuit, les cris du mabouya, petit lézard beige qui, dans les cases, vit retiré sur les chevrons et les poutres, ... " (propos recueillis par Félix-Hilaire Fortuné). D'autres anciens dans les Antilles se basaient sur les récoltes de fruits ou sur l'opulence des pêches côtières pour émettre des avis sur l'arrivée prochaine d'un cyclone, ou de celle d'en voir un durant la saison à venir.
Depuis, les moyens de prévision se sont développés, notamment depuis quelques dizaines d'années, et ces progrès permettent de prendre les dispositions nécessaires pour diminuer les conséquences des dégâts humains et matériels. L'Organisation Mondiale de la Météorologie - l'OMM créée en 1951 est un organisme des Nations Unies et regroupe plus de 160 pays - a même officialisé un certain nombre d'accord internationaux dans certaines régions du monde, accords pris en matière de surveillance et de responsabilité dans la diffusion des avis d'alerte cyclonique. Ainsi, divers centres se partagent la responsabilité d'informer et d'avertir les pays de leur zone respective sur l'existence et la mise en surveillance de tout cyclone tropical. Ce sont notamment :

  • MIAMI : le National Hurricane Center (NHC) ou Tropical Prediction Center (TPC) s'occupe du bassin Atlantique, de la Mer des Caraïbes, du Golfe du Mexique, mais aussi du nord-est du bassin du Pacifique depuis la fermeture de centre de San Francisco.
  • HONOLULU (îles Hawaï) : centre responsable de l'Océan Pacifique  "médian " ou central;
  • TOKYO : centre surveillant les typhons du nord-ouest du bassin de l'Océan Pacifique;
  • NANDI (Iles Fidji) : sa responsabilité couvre une partie du Sud de l'Océan Pacifique;
  • DARWIN, PERTH, BRISBANE : centres australiens s'occupant chacun, d'une des parties des mers entourant l'Australie et la Nouvelle-Zélande;
  • NEW-DELHI : dont la surveillance s'exerce essentiellement sur le Golfe du Bengale et la Mer d'Oman;
  • LA REUNION : le centre spécialisé de METEO-FRANCE à Saint-Denis a supplanté officiellement Madagascar et l'île Maurice au niveau de la responsabilité technique du bassin de l'ouest de l'Océan Indien.

Chaque centre est chargé de détecter, surveiller et aussi d'élaborer des prévisions cycloniques afin d'avertir du danger potentiel les différents services météorologiques de chaque pays ou territoire de leur zone. Ces prévisions permettent alors aux décideurs de ces états de déclencher éventuellement les plans spécialisés de prévention, tels celui que l'on connaît aux Antilles françaises sous le nom de plan d'urgence Cyclone.

   
 
3 - Bulletins du National Hurricane  
 

Le centre de Miami est probablement le plus perfectionné et le plus complet des centres spécialisés dans la connaissance des cyclones. Il fait autorité dans la communauté météorologique internationale. Voici notamment le genre de bulletins et avis qu'il émet.
Durant la période des cyclones tropicaux de la zone concernée, soit du 1er juin au 30 novembre, des renseignements sont fournis sous forme de bulletins réguliers ou non, diffusés sur les réseaux de télécommunication spécialisés, ou même désormais sur les réseaux publics de type Internet.

  • Bulletins réguliers : appelés Tropical Weather Outlook in ATlantic (en-tête abrégé TWOAT), transmis et réactualisés toutes les 6 heures. Ces messages indiquent les zones de temps perturbé surveillées plus particulièrement ainsi que celles où les conditions deviennent favorables ou non aux développements de systèmes tourbillonnaires. Lorsqu'un cyclone tropical est détecté, il fait ensuite l'objet de bulletins spécifiques dont l'en-tête est rappelé dans ce bulletin régulier. Les unités employées sont généralement américaines (mph pour mile terrestre par heure), tout comme les dénominations géographiques (Leeward ou Windward islands notamment). La signature du prévisionniste responsable, rédacteur de ce bulletin, est systématique.
  • Bulletins spéciaux : appelés aussi " advisories ", ce sont des messages particuliers concernant les cyclones formés, qu'ils soient au stade de Dépression (Tropical Depression Advisory), Tempête (Tropical Storm Advisory), ou Ouragan (Hurricane Advisory). Ces avis, diffusés toutes les 6 heures donnent des informations sur les caractéristiques du cyclone suivi et surveillé, les territoires éventuellement menacés, l'évolution en cours. Ils sont rédigés sous forme de plusieurs bulletins distincts, émis sous forme de " package " complet, dont l'usage est spécifique à chacun d'entre eux.
    • message " advisory public " ou Tropical Cyclone Public in Atlantic (en abrégé TCPAT), destiné aux usagers grand-public, média y compris. Les unités utilisées sont typiquement américaines : pression en mb (millibars au lieu des hectoPascals), vitesse en mph ou mile terrestre par heure qui vaut 1,609 km/h, ... La réactualisation de ce TCPAT, normalement effectuée toutes les 6 heures, peut toutefois se faire à cadence plus élevée, toutes les 3 heures (à l'aide d'un " advisory " intermédiaire donc), lorsque le cyclone menace directement un territoire habité, voire toutes les 2 heures si le centre cyclonique est repéré et suivi par un radar d'une station terrestre. Il faut remarquer que la position du centre qui y est indiquée est en réalité une prévision à 3 heures d'échéance faite à partir de la position analysée ou estimée.
    • message " advisory marine " ou " forecast advisory " ou Tropical Cyclone Marine in Atlantic (en abrégé TCMAT), destiné aux usagers de la mer. Outre, comme le message précédent, l'indication des caractéristiques météorologiques du système, telles que sa position actuelle (issue de la prévision à + 3 heures on l'a vu), son intensité et son déplacement observé durant les dernières heures, d'autres informations sont fournies, les unités " marines " étant généralement employées. Ce sont notamment la position analysée (par satellite, avion, ou radar, ...) servant de base aux calculs effectués par les modèles de prévision, ainsi que la position et l'intensité prévues à + 12, + 24 et + 36 h. ; une évaluation (" outlook ") à +48 et + 72 heures est également indiquée. Ces prévisions sont en fait une synthèse des sorties des différents modèles numériques, synthèse réalisée par le spécialiste du NHC. Apparaissent encore dans ces avis d'autres données telles que l'extension des vents forts autour du centre (rayons en milles nautiques pour des vents supérieurs à 34, 50 et 64 noeuds) ainsi que celle de la mer forte, là où les creux moyens dépassent 12 pieds (3,60 m.).
    • message " advisory discussion " ou Tropical Cyclone Discussion in Atlantic (en abrégé TCDAT), destiné aux services météorologiques et décideurs, donc plutôt à usage interne. Ces messages informent des choix effectués par les prévisionnistes américains du NHC de Miami, sur leurs analyses, leur degré de confiance aux différents modèles disponibles. C'est ce bulletin qui fournit en fait des informations sur la crédibilité à apporter aux résultats des prévisions numériques, sur les différents scénarios possibles quant à l'évolution du cyclone. En fin de message apparaît une synthèse concise des prévisions jusqu'à 72 heures d'échéance en terme de position du centre et de vent maximum généré.
    • ces messages peuvent être complétés par un message de probabilité ou Special Probability Forecast in ATlantic (en abrégé SPFAT), qui comme son nom l'indique fournit des éléments d'appréciation sur le risque statistique que le centre cyclonique passe à proximité immédiate (à moins de 65 miles soit 100 km) d'un lieu de la région dans les 3 jours à venir. Aux Antilles, on a souvent constaté que c'est souvent lorsqu'il dépasse 20 ou 25 % que l'on est amené à déclencher une Pré-Alerte, mais ceci est plus un constat a posteriori qu'une règle utilisée dans la décision.

On peut le reconnaître aisément : c'est à partir de ces messages, de ces avis, que nous bâtissons nos prévisions de trajectoire dans les centres météorologiques des Antilles, celles-ci provenant bien de la synthèse des résultats des différents modèles, passée par l'expertise du " hurricane specialist " américain. Ces prévisions sont affinées et confrontées, en Martinique comme en Guadeloupe, avec certaines sorties des modèles numériques de prévision comme ARPEGE (modèle global français), CEP (modèle global européen), UKMO (modèle de trajectoire cyclonique anglais de Bracknell), voire MOCCANA (modèle par analogie développée à Météo-France La Réunion et adaptée aux Antilles).

  
 
4 - Qualité des prévisions cycloniques 
 
  • On le voit, les modèles ne manquent pas, et pourtant la prévision cyclonique reste encore insuffisamment précise pour que les plans de prévention fonctionnent parfaitement à tous coups ... Car à l'échelle d'un territoire de petite dimension, ou d'une île, une erreur de prévision de 50 ou 100 km, estimée faible par les modélistes et prévisionnistes, ou une erreur d'intensité de 30 ou 40 km/h en valeur de vent maximal, seront évaluées médiocres par les décideurs qui ne verront pas sur leur territoire, les effets escomptés ou prévus … D'où la nécessité de privilégier encore la prévention, de s'entourer d'un maximum de précautions lorsqu'il s'agit de se préparer à recevoir un cyclone ...

    Malgré des progrès constants et indéniables au cours des dernières années, les prévisions de trajectoire restent délicates : l'erreur moyenne dans la position prévue du centre d'un système tourbillonnaire à 24 heures d'échéance dans nos régions des Petites Antilles dépasse encore 150 kilomètres, celle à + 48 heures d'échéance est voisine de 300 km , celle à + 72 heuressupérieure à 400 km !

    Il faut bien comprendre que cette valeur moyenne cache en réalité une grande disparité dans la qualité des prévisions (qu'on exprime souvent en statistique par " l'écart-type "). Ainsi l'erreur dans la prévision à + 24 heures du centre de LUIS a oscillé entre 70 et 100 km lors de son approche des îles des Petites Antilles. Celle concernant la prévision de HUGO en 1989 était plus faible encore, et ce jusqu'à plus de 48 heures d'échéance même. Cela nous a permis, à nous météorologistes des Antilles, de prévoir très tôt, plus de 2 jours avant, la probable arrivée de l'ouragan.

    Même s'il est pourtant vrai qu'une erreur " minime " de 60 à 80 km qui représente pour nous, météorologues, de très bonnes prévisions, correspond toutefois à la distance qui sépare les îles d'Antigua et de la Guadeloupe. Ainsi, c'est la différence entre une île qui reçoit de plein fouet le phénomène et une île qui n'en subit que des effets atténués.

    D'autres cas, MARILYN 95, comme pour IRIS trois semaines plus tôt d'ailleurs, ou pire encore LENNY 99, nous rappellent aussi que cet art de la prévision comporte encore beaucoup de lacunes, chacun en est conscient. La modélisation s'améliore, les données in-situ sont plus nombreuses (drop-sondes, avions, bouées), mais les connaissances en matière cyclonique sont encore loin de donner toute satisfaction, loin s'en faut … Des erreurs de 250 km pour une prévision à 24 heures sont encore parfois à déplorer, ce qui ne rend pas facile la tâche de la prévention et de déclenchement d'alertes …

    Que de vastes perspectives de recherches et d'amélioration dans les années à venir !

  
 
5 - Les prévisions à long terme 
 

On a vu que la qualité des prévisions de trajectoire restait encore toute relative, et qu'au-delà de 48 heures déjà, l'erreur moyenne devient très importante, souvent supérieure à la taille du phénomène et à son influence directe, la zone des vents forts et des pluies cycloniques ne dépassant qu'exceptionnellement 150 km de rayon autour du centre !
Pourtant s'il paraît illusoire de vouloir prévoir le devenir d'un cyclone au-delà de 2 ou 3 jours d'échéance, on peut considérer comme intéressant d'avoir des informations sur l'activité cyclonique attendue pour les prochaines semaines ou les prochains mois.
Ce genre de prévisions à longue échéance est encore du domaine de la recherche, mais un certain nombres de climatologues et de chercheurs se penchent sur ce problème de prévisions saisonnières. L'équipe de William GRAY (de l'Université du Colorado à Fort-Collins), est reconnue dans la communauté scientifique et fait autorité en la matière dans notre zone océanique de l'Atlantique.
Il a été démontré, statistiques à l'appui, qu'il existe des relations entre l'activité cyclonique sur l'Atlantique tropical, dont la saison s'étend de juin à novembre, et certains paramètres météorologiques de grande échelle. Certains de ces paramètres, ou facteurs prédictifs, sont disponibles 6 à 8 mois avant le début de la période étudiée, dès novembre de l'année précédente, d'autres ne le sont qu'après le printemps boréal, d'autres encore au tout début de l'été, lorsque la saison cyclonique débute donc sur la zone.
Ainsi le docteur GRAY publie-t-il les premiers résultats de ses recherches début décembre pour l'année suivante, résultats qui sont ensuite affinés en avril, puis juin avec les paramètres du printemps, et finalisés début août à partir des compléments du début de l'été.
De 4 prédicteurs principaux utilisés il y a quelques années, il est passé dorénavant à 7, auxquels il rajoute quelques ajustements :

  • Q.B.O. ou Oscillation Quasi-Biennale : la composante zonale des vents stratosphériques dans la ceinture équatoriale possède un cycle assez régulier de 2 ans environ (entre 25 et 30 mois le plus souvent). Lorsque ces vents de très haute altitude, entre 23 et 30 km, viennent de l'ouest, l'activité cyclonique sur la zone atlantique est presque 2 fois plus supérieure à ce qu'elle est, lorsqu'ils sont plein est, toutes conditions étant par ailleurs équivalentes bien entendu.
  • E.N.S.O. ou Oscillation Australe de l'El Niño : c'est l'étude de l'influence du phénomène " El Niño ", correspondant à une anomalie thermique des eaux de surface au large du Pérou et dans les régions océaniques du Pacifique intertropical.

Tous les 5 ans en moyenne (4 à 6 ans en fait), on constate que les eaux habituellement froides dans cette partie du Pacifique sont remplacées pendant plusieurs mois par des eaux plus chaudes (parfois 3 à 5°C en plus !). Ce genre de phénomène ayant plutôt tendance à se produire en fin d'année, ou à être maximal à cette époque, on lui a donné le nom de " l'enfant Jésus " ou en espagnol " El Niño ". Outre les conséquences désastreuses qu'il occasionne pour l'activité des pêcheurs péruviens, équatoriens et chiliens, qui ne retrouvent plus dans leurs filets les poissons habituels, son influence est un bouleversement complet de la circulation générale, non seulement océanique, mais aussi et surtout atmosphérique, sur l'ensemble du globe, les régions tropicales étant les plus sensiblement affectées.
Cette variation de température des eaux du Pacifique, provenant en réalité d'un affaiblissement de l'alizé intertropical sur ces régions, déclenche alors simultanément des pluies diluviennes dans certaines régions sèches d'Amérique du Sud, voire même jusque vers la Californie, la sécheresse en Australie et Indonésie, on dit même jusqu'en Afrique du Sud aussi, et une activité cyclonique profondément modifiée pendant une, voire 2 saisons.
Sur le bassin Atlantique qui nous concerne, l'arrivée d'un " El Niño " se traduit par une diminution du nombre de cyclones et de leur intensité. Ce fut le cas en 1972-73, 1977, en 1982-83, en 1986, en 1991-92, et puis récemment en 1997.
Lors du phénomène le plus accentué du siècle en 1982 et 1983, il n'a été recensé que 5 puis 4 cyclones sur l'ensemble de notre vaste zone océanique (pour une moyenne annuelle dépassant 9). A contrario, la Polynésie a connu un nombre record de cyclones durant l'hivernage correspondant !
Inversement, des conditions d'eaux froides sur l'est Pacifique, ce qui est plus normal et dont la période centrale est parfois dénommée par opposition au phénomène de base, " La Niña ", favorisent l'activité cyclonique en Atlantique, comme on a pu le constater en 1989-90 puis 1995 et 99 notamment.

  • S.L.P.A. ou Anomalie de Pression au Niveau de la Mer : l'étude de la pression atmosphérique dans un certain nombre de stations météorologiques de la zone des Caraïbes (Trinidad, Barbade, Curaçao, San Juan de Porto Rico et Cayenne) ainsi que du pourtour du golfe du Mexique (Mérida dans la presqu'île du Yucatan mexicain, Brownsville au Texas, Miami en Floride) en juin et juillet conduit à fournir un indice d'anomalie par rapport à la moyenne saisonnière. Si cette anomalie est positive (pression plus élevée que la normale), l'activité cyclonique sera inhibée. Lorsqu'elle est négative, cette activité sera plus forte.
  • Z.W.A. ou Anomalie Zonale des Vents de haute troposphère : la composante zonale des vents vers 12 km d'altitude (au niveau où la pression atmosphérique est de 200 hectoPascals) dans les régions intertropicales donne une indication sur la probabilité de connaître une saison cyclonique active (composante Est plus marquée que la moyenne), ou pas (composante Ouest prédominante ou est plus faible que la moyenne).
  • A.R. ou Précipitations sur l'Afrique occidentale : les quantités de pluies observées durant la fin du printemps et le début de l'été dans les régions du sud-ouest du Sahel et celles du nord du Golfe de Guinée sont associées à la cyclogenèse ultérieure sur l'est de l'Atlantique. Des précipitations importantes signifient l'existence d'un grand nombre de perturbations d'origine africaine, certaines pouvant alors évoluer ensuite sur l'océan en cyclones. Au contraire, les terribles années de sécheresse sahélienne (au début des années 80 par exemple) correspondent à des années de faible activité cyclonique atlantique.
  • Delta P.T. ou Gradient de Pression et Température : les recherches ont montré que les gradients de pression atmosphérique de surface (d'ouest en est) sur l'Afrique Occidentale entre février et mai, ainsi que ceux de températures dans les mêmes régions sont corrélés avec l'activité cyclonique à venir. Une déviation positive correspond à une activité plus forte, une déviation négative à une activité moindre.
  • S.S.T.A. ou Anomalie de Température de Surface de la Mer : deux régions particulières du bassin de l'océan Atlantique sont étudiées à la fin du printemps, l'une au nord dans la zone tempérée, l'autre au sud du Tropique du Cancer. Une anomalie positive - mer plus chaude que d'habitude à pareille époque - sera un indice de cyclogenèse important ; une différence négative avec la moyenne inhibera la formation de cyclones. L'étude de courants océaniques dans l'Atlantique fait également partie de cette recherche d'indices de formation cyclonique, ainsi que la salinité de ceux-ci …
D'autres paramètres sont encore utilisés, on peut citer notamment :
  • anomalie de pression sur la zone du Pacifique occidental : la pression atmosphérique réduite au niveau de la mer des stations météorologiques de Darwin en Australie et Tahiti en Polynésie est enregistrée durant plusieurs mois ; l'écart entre les 2 valeurs moyennées fournit un paramètre instructif (SOI en anglais) ;
  • puissance de la dorsale de la zone du nord-est de l'Atlantique tropical (en anglais Northern Ridge) , la dorsale étant définie comme l'axe de hautes pressions, celles de l'anticyclone des Açores dans ce cas d'espèce. Lorsque ces hautes pressions sont plus faibles que la moyenne, l'alizé induit est moins soutenu, la mer restant chaude plus longtemps en fin d'année ; c'est un signe précurseur d'activité cyclonique assez forte l'année suivante ;
  • Singapore 100 mb Temperature Anomaly ou Anomalie de Température au niveau de pression 100 hectoPascals , vers 16 km d'altitude, à Singapour : l'étude de la différence de la température au sommet de la troposphère avec la moyenne durant les mois de juillet à mars précédant l'année étudiée, permet de fournir un indicateur supplémentaire. Une anomalie négative à Singapour, pourtant situé à 15 000 km de là, semble être un signe de saison cyclonique ultérieure riche, annonce W. Gray.

On l'aura compris, l'équipe de chercheurs affectent alors d'un certain indice et coefficient tous ces paramètres étudiés, de manière très empirique peut-on dire, puis fournit un indice final qui permettra de prévoir l'année cyclonique et son activité selon plusieurs aspects :

  • nombre de phénomènes baptisés (tempêtes et ouragans) répertoriés dans l'année ;
  • nombre total de jours d'existence de ces phénomènes ;
  • nombres d'ouragans et parmi ceux-ci, d'ouragans intenses (atteignant au moins la classe 3) ;
  • nombre global de jours d'existence d'ouragans et d'ouragans intenses ;
  • potentiel destructeur cyclonique (qui est fonction du carré de la vitesse des vents maximaux générés par le cyclone) ;
  • activité cyclonique globale, qui totalise l'ensemble des informations ci-dessus et les synthétise sous forme de pourcentage par rapport à une moyenne des 20 ou 30 dernières années ;
  • potentiel de destruction maximal.

Les prévisions des dernières années de 1995 à 1999, fournies au début de la saison cyclonique dans les premiers jours de juin (indiquées dans le tableau 06 avant l'année), sont rassemblées dans la rubrique des  "Prévisions de W. Gray ". Comparées aux observations effectuées à l'issue de chacune des cinq saisons passées, on constate d'emblée que, si la tendance par rapport à la moyenne est assez bien cernée - et encore - les chiffres prévus sont tout de même souvent éloignés de la réalité. Chacun se fera son idée sur la qualité de ces prévisions à long terme…
Avouons aussi et surtout, que l'intérêt opérationnel reste très limité. En dehors de la qualité très imparfaite de ces prévisions, on ne peut évidemment prévoir, à partir d'une telle méthode, les régions qui seront affectées par les cyclones, ni à quel moment privilégié ils se formeront.
De plus, que nous sert de savoir si l'année sera peu active, si justement un des rares cyclones formés cette année-là passe sur notre territoire ? Cela peut avoir un effet démobilisateur dangereux. L'année 1992 qu'on nous annonçait pauvre en cyclones, et qui le fut, a toutefois vu se développer ANDREW qui a dévasté le sud de la Floride. Qu'en ont pensé les habitants de ces régions sinistrées ? Inversement, l'année 1995 qu'on prévoyait active, et qui le fut de façon exceptionnelle, est probablement paru clémente pour les habitants de la Jamaïque et de Cuba, qui n'ont pas été concernés, ni de près ni de loin, par l'un des 19 cyclones de la saison.

  
 
6 - Evolution du nombre de cyclones 
 

Une question plus large nous est souvent posée. Y aura-t-il plus de cyclones dans les années à venir en raison du réchauffement avéré de notre planète, dû notamment à l'émission des gaz à effet de serre ? Cette question essentielle pour les futures générations a suscité nombre d'études, dont les résultats ne sont pas tous concordants.
Tout comme pour la question de l'évolution du climat de la planète, on retrouve les partisans du scénario - catastrophe et ceux qui pensent que quels que soient les changements observés, la nature compensera leurs effets et que les bouleversements promis ne se produiront pas.
On ne peut, actuellement, que se baser sur quelques simulations du climat actuel à partir d'hypothèses. Les équipes de METEO-FRANCE ont pour leur part développé un modèle climatique (appelé Arpège - Climat), ayant pour but de bien décrire le climat sur le globe et de pouvoir le faire évoluer à partir de simulations en changeant quelques données de départ.
En ce qui concerne l'activité cyclonique et la fréquence des cyclones tropicaux, après s'être assuré que le modèle numérique fournissait une bonne représentation du climat actuel, une hypothèse fut le doublement du gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère. Cette hypothèse est étudiée un peu partout dans le monde par les climatologues, car elle est vraisemblable pour les quelques dizaines prochaines années. En effet l'émission de gaz, dits à effet de serre parce qu'ils limitent le rayonnement terrestre de retour vers l'atmosphère, semble persister, malgré les recommandations des fameuses conférences mondiales de Rio (1992) et Kyoto (1997). Le réchauffement de la Terre observée depuis le début du XXème siècle devrait alors continuer, et avec lui ce sont les océans qui devraient voir leur température de surface augmenter.
Il n'en faut pas plus pour imaginer que les mers plus chaudes vont alors favoriser l'activité cyclonique, voire l'intensité des phénomènes sur toutes les régions intertropicales. Le modèle climatique français confirme cette idée avec une augmentation sensible du nombre de cyclones, dont le nombre annuel doublerait ou presque, les zones de cyclogenèse restant les mêmes.
Mais, certains chercheurs mettent en doute ces simulations qui ne tiennent pas vraiment compte de la réponse que ce changement thermique amène à d'autres facteurs très influents sur l'activité cyclonique. Le cisaillement vertical des vents entre la surface et la haute troposphère sera-t-il diminué (plus de cyclones) ou augmenté (moins de cyclones) ?
L'activité de la mousson dans les régions qui y sont soumises sera-t-elle inhibée ou exacerbée ? L'humidité disponible dans l'atmosphère et l'instabilité des masses d'air tropicales et équatoriales subiront-elles une évolution, et dans quel sens ?
Le réchauffement des eaux augmentera-t-il la fréquence, voire accentuera-t-il la survenance du phénomène " El Niño ", comme certains le pensent ? Ce qui entraînerait alors une diminution de l'activité cyclonique sur le Bassin Atlantique notamment…
On le voit, une réponse globale n'existe probablement pas. S'il est fort possible que le réchauffement de la planète augmente les surfaces océaniques chaudes favorables aux développements de cyclones, nul ne sait réellement comment les autres acteurs de la cyclogenèse (formation de cyclones) évolueront. Les scénarios - catastrophe évoquent une évolution dans le même sens, d'autres plus raisonnables imaginent une nature bienveillante qui s'opposerait à cette évolution ... Le XXIème siècle nous apportera, à nous ou plutôt à nos enfants, les premières réponses.
Quant aux travaux de l'équipe de W. Gray et ses collaborateurs de l'Université du Colorado, ils font état d'une recrudescence de l'activité cyclonique sur la zone de l'Atlantique durant les 20 ou 30 prochaines années (1995/2020), à partir d'un cycle mis en évidence, selon eux, d'une durée de 20 à 40 ans, qui fait alterner les périodes à faible activité cyclonique (1900/1930 - 1970/1994) et celles à plus forte activité (1930/1970 - 1995/en cours). Et quand ils parlent de faible ou forte activité, ils font référence, non pas au nombre de phénomènes annuels, mais plutôt au nombre d'ouragans intenses, ceux qui sont le plus à redouter pour les territoires habités … Selon eux, c'est le courant océanique de l'Atlantique plus chaud et plus salé depuis 1995 qui serait la cause principale de cette évolution … A confirmer ultérieurement bien entendu !


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