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La rencontre de Planetantilles

Bord de canal d'Alfred Alexandre

Le roman « Bord de Canal »
d’ALFRED ALEXANDRE

Roman des pestilences indigentes

La reproduction des textes sur le site Planetantilles.com est interdite sans accord préalable.   
                                                         Copyright Novembre 2005

Martiniquais, Alfred Alexandre est enseignant-formateur pour adultes, dans le cadre de préparations aux concours, pour les épreuves de français. Alfred Alexandre nous livre son premier roman. Il a suivi un cursus de philosophie à Paris, puis a décidé de rejoindre son île pour s’imprégner d’elle, pour en saisir une authenticité sociale.

Alfred Alexandre, « Bord de Canal » (éditions DAPPER – déc. 2004)

1. Synopsis du roman

« Le canal dessinait une frontière, une saignée d’eau gluante, entre le reste de la ville et notre bout de monde, et ils étaient rares, de l’autre côté de la vie, à enjamber le pont pour se risquer, même en plein jour, sur notre territoire. Et on peut les comprendre » (incipit)

Martinique. Dans un quartier sinistré aux abords de Fort-de-France. Une qualité de no man’s land où hommes et femmes mènent des ti bizness sordides : celui du corps, de la drogue, de la clandestinité. Le tout, vécu froidement, sans sentiments, dans le relent infernal du « Canal ». Parce qu'ils ne croient plus. Leur vie est aussi sale que le Canal nauséabond qui borde leur quotidien...Bord de Canal.

Ce quotidien du Rien sans Rien, sans Bien nous est dévoilé par un narrateur nous dévoile les drames de ses compères mal-lotis, mal-finis par le vice.  Roman de la Déchéance où chacun – en souffrance – tente, à sa façon, de faire reculer la Mort, pour un temps…Une tentative : s'endormir la conscience grâce au
« caillou » (le crack) et à l'alcool.
« les bonhommes et les filles qui se vendaient ou se mangeaient le crâne au crack » (p.99)

2. Des personnages errants-dérivants : sans Rien, sans Bien

La narration est assumée par un « je » dilué-englué dans le « nous » des damnés du Canal. Ce récit se divise en 3 parties : « Canal », « Tunnel » et
« Parking ». Les 3 lieux qui marquent l’itinerrance des hommes et femmes du Canal. Espaces de déviances, où chacun s’oublie dans le non-dit du repli. Que dire ? que faire ? quand l’échéance, toute proche, vous fauche , en traître ?

« Bord de Canal », c’est un quartier-rupture, un quartier-fissure. Un espace urbain en marge de Fort-de-France, avec la délimitation bien nette du Canal, charroyant de loin en loin les pâles espoirs des habitants du Canal :
« Et c’est dans cet espace-là, puant la solitude et la misère sexuelle, qu’on avait établi un reliquat d’existence, Francis, Jimmy G et moi » (p.10)

Cette béance laisse libre cours aux pires excès, aux pires folies avec en toile de fond, une vague conscience de ce qu’on a été et de ce qu’on est devenu.
« […]on n’avait rien à perdre. Alors on pouvait s’ouvrir grand le canal de la mémoire et laisser rouler, comme un tas d’immondices, les haines mal assumées et les hallucinants délires de persécution qui travaillaient au corps et au cerveau beaucoup des nôtres, agrandissant, chaque jour un peu plus, les failles qu’ils couvaient à l’intérieur » (p.25)
« On flottait dans la vie, paisibles comme un tas d’ordures à la dérives, l’esprit tellement engourdi que rien, pas même une cascade d’eau en rut, n’aurait pu nous mettre la panique aux tripes » (p.67-68)

Une situation qui place ces résidants-dérivants dans un état-limite, une fragile flottaison de la raison… Une lassitude vécue au gré d’accès de violence et de lassitude. Les extrêmes qui dépossèdent l’être de toute cohérence, de toute consistance…L’éternel recommencement de la fin.
« […] les premiers bâillements du soleil sonnent le recommencement des mêmes misères, de la même vie lasse, la même déroute, le même sempiternel poids d’être au monde, et l’épuisante obligation de continuer cette lente, humiliante, interminable chute » (p.133)

3. Le Canal : no man’s land social…

Le Canal est un quartier de l’Echec ; on y échoue comme un naufragé de la vie, vomi par elle.
« Anglophones, hispanophones, créolophones ou francophones, tout ce que la Caraïbe comptait de traîne-misère était venu échouer sur le Bord du Canal » (p.15)
« Partout dans la Caraïbe, des gens comme nous marchaient dans la nuit, vers le mur. » (p.116)

Cet échec génère des tensions entre ceux « vakabons » du Canal et ceux
« citoyens » du dehors. Les « citoyens » ont la légitimité d’une vie ancrée dans la normalité. Ils vivent sur l’autre rive, à Fort-de-France. Une cohabitation difficile. Et pour les institutions qui osent franchir le seuil de ce quartier, leurs locaux sont immanquablement saccagés :
« […] il y avait des bâtiments entiers dans l’hôpital qu’on avait pas encore colonisés. Et pour cause, ils étaient occupés par des administrations : Trésor Public, Centre pour jeunes à la dérive, Direction des affaires culturelles, quoi d’autre encore, une centaine d’agents travaillaient là, anxieux, au milieu de nos squats. » (p.34)
« on voulait qu’ils [les agents institutionnels] s’en aillent […]qu’ils nous laissent seuls, chez nous, qu’enfin on puisse se retrouver en famille,et ne plus avoir à inventer, pour les étrangers, des corrections dans nos manières. » (p.37)

L’espace urbain est espace de la discorde. Les résidents du Canal ont une notion très stricte de leur « territoire ». « Parqués » là par les autorités, qui semblent les oublier : « Ils ne voulaient pas de nous ailleurs, essaimant comme des rats, aux quatre coins de la ville. On nous préférait parqués, fichés, surveillés, dans le périmètre qui allait de l’hôpital au canal Levassor » (p.35). Mais, la saison électorale sonne le glas de cette accalmie sociale : la municipalité envoie « les babylones » arrêter les « vakabons » du Canal pour les « retrancher du regard des autres » (p.123). La loi ? Une mascarade qui ne sait les museler qu’en période électorale. Le reste du temps, les institutions légales les quittent en paix…

Les « vakabons » du Canal surnagent, pour simplement garder la tête hors de l’eau le plus longtemps possible. Rien ne les effraie, ni leur propre violence, ni celle des autres.
« La prison ne nous faisait pas peur. Même mourir, dans le fond, on avait perdu l’habitude d’y penser. Ca ne manquait pas pourtant, les bonhommes ou les filles qui pouvaient à tout moment, par esprit de revanche, nous rayer de la ville. Mais ça faisait partie du quotidien, comme de traîner son ombre. » (p.41)

La « jol », un autre espace clos qui ne fait que révéler la noirceur de chacun…sans surprise.
 « La prison, pour y avoir dormi au moins le quart de notre existence, on peut dire, ne transforme personne en profondeur. Elle révèle, on disait entre nous, elle accentue ce que tu portes déjà en toi. » (p.79)

Les travailleurs sociaux ? « ils commençaient par nous redouter, puis par nous plaindre, puis par nous mépriser, pour enfin n’avoir plus en notre présence qu’un sentiment de dégoût et de lassitude » (p.103)

Le personnel médical ? Un dispensaire vétuste tenu par un médecin rejeté au Canal pour de sombres affaires de m½urs…Le « bon Docteur FARRIAS » qui prodigue des soins particuliers aux enfants…Finalement, le  « bon Docteur FARRIAS » préfère rester à l’abri de la racaille du Canal. Peu à peu, il s’est mis en marge, lui aussi : « Farrias […] fonctionnait en dents de scie. […] C’est à cela qu’on reconnaissait qu’il était des nôtres […]. Il s’était, à son tour, laissé glisser vers le fond » (p.97)

Les bénévoles ? Des citoyens-modèles venus gonfler leur pécule de B.A. (Bonnes Actions), comme le fait remarquer le narrateur : « on faisait les pauvres, les miséreux, les moins que rien. Et ça leur plaisait fort aux bénévoles. La misère des autres, c’est ça qui les tenait en bonne santé. » (p.134)

4. La délivrance :

Le dérivatif à ce désert social, une cynique formule : « Marcher, danser, aimer ». Vivre en pantins disloqués, sans but, sans peur.
  « […]c’est la mort patiemment qu’on attendait. C’est vrai, on ne l’appelait pas chaque jour, la grande inconnue, mais on savait bien, sans se l’être jamais formulé, que pour beaucoup d’entre nous elle viendrait comme une délivrance. » (p.86)

Cette Mort est l’issue que le Canal distille dans son atmosphère nauséeuse. Pour noyer les consciences et les corps.
« Le matin quand vous mettiez la main sur vos vêtements, ils fleuraient les nausées que distille les odeurs de la vase. Plusieurs fois, sur certains bougres, juste avant qu’ils ne virent dans la folie, ou ne crèvent, épuisés par la vie ou tout bonnement descendus, on avait flairé ces vapeurs nauséeuses, incrustées dans leur peau. » (p.16)
« cette crasse que l’air du canal enfonçait dans nos pores » (p.108)

Un lieu de perdition, en souterrain de la ville : le « Tunnel ». Un lieu à l’abri des regards, qui permet aux perdus de se retrancher du monde pour trouver la paix d’un silence de mort. Une ultime étape.
« C’est là que se donnait rendez-vous tout ce que la ville comptait de crackophages, de déphasés, d’impécunieux, pour des fêtes qui étaient comme des mises à mort collectives. […] Plus au nord, dans la zone où les babylones eux-mêmes ne venaient jamais s’aventurer, c’est là que l’on venait taquiner un peu la mort. » (p.72)
 « Personne jamais ne venait par hasard dans le tunnel. Peut-être bien même, à y réfléchir de plus près, que tout nous menait vers lui. Car pour beaucoup, putains, crackmans ou déraillés, c’était la seule planche de salut, la seule manière de freiner folies, furies, et de ne pas laisser exploser au grand jour tout ce rouge, tout ce vacarme dans les tempes » (p.73)

Clara, grandie et pourrie dans le Canal, se prostitue. Pourtant, elle a cru être délivrée de la déveine par l’amour fantasque de « Petit mari ». Illusion que s’empresse de salir ceux de la bande, en particulier Francis, persuadé que Clara lui appartient, de droit. Résignée, Clara accepte la dérive que lui réserve le Canal : la prostitution.
« Avec les filles, le canal est plus vache, il n’engloutit pas du jour au lendemain, il t’envase dans la déveine, il te traîne sur toi-même comme une serpillière et n’importe quel salaud, pendant des mois, peut s’essuyer sur toi, il n’y a personne pour te protéger » (p.77)
« Petit mari était venu dix ans trop tard, […] elle se sentait trop sale maintenant et trop lasse pour commencer d’autres habitudes et même […] la perspective d’une vie normale l’effrayait » (p.77)

En marge. Alfred Alexandre pose, dans son premier roman, des épilogues de vies. Des vies oubliées dans les coins sombres d’un quartier en marge de la Vie et de la Ville. Un huis clos sans état d’âme, sans drame pour chuter dans ce Canal sans fond...

                                                                                    
 
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