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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Jacqueline Scott-Lemoine

Jacqueline Scott-Lemoine

Dans "Les Nuits de Tulussia" son premier roman, la comédienne internationale Jacqueline Scott-Lemoine nous restitue, ennoblis par le souvenir, la magie et la douleur du pays de son enfance et de sa jeunesse. Née à Port-au-Prince, elle vit de puis 1966 à Dakar avec son mari le poète Lucien Lemoine où ils ont obtenu la nationalité sénégalaise en 1976. Elle a créé le rôle de la reine dans "La Tragédie du Roi Christophe" d’Aimé Césaire. Elle a fait carrière au Théâtre national Daniel Sorano de Dakar.

Le fil rouge entre les six histoires de ce livre, ce n’est pas Tulussia comme on pourrait l’imaginer…

C’est moi en filigrane. Il n’y a pas beaucoup d’invention véritable... A part un ou deux récits où il y a une part de fantasmes. Autrement, c’est vraiment ce que j’ai vécu autrefois. Les tout-premiers souvenirs de ma vie. J’ai aussi voulu cela parce que je prépare un livre de mémoire sur mes 50 ans de carrière et donc sur ma vie. Je me suis dit que les gens ne seront pas dépaysés devant mon livre de mémoire s’ils commencent par me connaître un peu.

C’est qui Tulussia ? A-t-elle vraiment existé ?

C’est un personnage réel, une femme qui blanchissait le linge des miens depuis que mon grand-père était en garçonnière. C’était déjà ce personnage haut en couleur, extrêmement autoritaire, comme je l’appelle moi-même "l’aristocrate du travail”. C’est quelqu’un qui m’a vrai ment marquée. Elle avait toutes les qualités principales d’une femme : énergie, courage... Je ne l’ai jamais vu assise quelque part, vautrée. Elle était toujours en activité. Elle a élevé ses enfants et huit petits-enfants. Prenant la vie à bras-le corps, nettoyant tout sur son passage, exactement comme elle nettoyait les ballots de linge sale qu’on lui confiait. C’est un souvenir marquant de ma vie, cette femme.

Où commence et finit la fiction dans l’oeuvre ?

La nouvelle “Adieu mon amie”, par exemple, est absolument vraie. Il n’y a pas de fiction du tout là-dedans. Je n’ai fait que raconter ce qui s’est passé hélas ! dans le foyer d’une amie d’enfance qui est partie en exil et que je n’ai jamais revue. Je ne sais pas si elle est encore vivante. Peut-être que dans un coin du globe, elle tombera un jour sur ce livre après quarante années. J’aurais bien voulu qu’elle sache que j’ai respecté son voeu de la laisser dans l’ombre. On était très proches l’une de l’autre. Ce malheur qui l’a frappée m’a aussi frappée. C’est pour cela que je tenais à écrire cette histoire.
“Alaji musa" aussi est une histoire vraie. Elle m’a été racontée quand je suis arrivée au Sénégal par un proche de cette famille-là. Et je m’étais promis de l’écrire. Evidemment sans révéler l’identité des personnes de la famille. Et puis l’histoire n’a pas eu lieu à Dakar comme je l’ai écrit dans le livre. C’était à l’intérieur du pays.

Ce livre, vous auriez pu l’écrire depuis au moins une vingtaine d’années. Pourquoi aujourd’hui ?

J’ai toujours écrit sans qu’il ne me vienne une seule fois l‘idée de publier. J’écris surtout pour me défouler, pour évacuer les mauvais souvenirs ou des fantasmes. Après, je passe à autre chose. Mon véritable métier, c’est d’être sur scène. J’ai fait cette sélection de nouvelles et de récits surtout pour faire plaisir à ma mère qui a quitté Haïti à 100 ans afin de venir finirses jours auprès de mon mari et moi au Sénégal. Elle m’avait dit : "C’est vraiment une partie de notre vie, de ton enfance. Ce serait bien si tu pouvais les publier. “J’ai donc envoyé le recueil à Présence africaine et Mme Diop a tout de suite accepté.

Depuis 1965, vous vivez au Sénégal. Quels liens entretenez-vous avec Haïti ?

Tous les liens qu’on garde avec son pays natal. On ne peut pas faire une croix sur son pays. L’exil est le choix le plus douloureux qu’il soit donné à une personne de faire. Mais quand on se rend compte qu’il n’y a vraiment plus rien à faire pour soi et que rester serait stupidement mourir, alors on s’en va, la mort dans l‘âme.
Moi, par exemple, il m’est pénible de vivre sans montagnes. Or depuis presque quarante ans, je vis dans un pays de savane. Les plaines, les baobabs, c’est beau mais, moi, j’ai besoin de monter, de descendre. Plonger dans la rivière et écouter e bruit de l’eau me manque. Contraire ment à ce qui se passe maintenant, le peuple haïtien avait la joie de vivre. La cuisinière de ma mère disait “Je chante pour évacuer mes problèmes.” Toute cette partie de la vie haïtienne me manque beaucoup. Il y a quelques années, je suis allée revoir les lieux de mon enfance. Tout avait changé mais j’ai retrouvé plein de choses qui remontaient du passé. C’était vraiment très émouvant. J’avais l’impression que c’était hier. En même temps, je me sentais des années en arrière. Je suis retournée plusieurs  fois en Haïti. Enfin, jusqu’à ce que ma mère décide de venir vivre avec nous au Sénégal.

Pourquoi le Sénégal ?

A cause du président Senghor. Quand on dit Sénégal, la première chose qu’on a en tête, c’est le président Senghor. Et puis, c’est lui qui nous ouvert les portes du Sénégal. A l’époque, nous étions invités au Festival mondial des arts nègres pour jouer la pièce d’Aimé Césaire. “La Tragédie du roi Christophe”, qu’on avait créée. Mon mari écrit au président pour lui dire: “On vient jouer au Sénégal mais moi j’aimerai y rester.” Senghor a répondu “La porte est grande ouverte. Vous venez quand vous voulez et vous êtes chez vous".
“C’est en effet ce qui s’est passé. On a toujours été chez nous au Sénégal. On a été adopté par tous. Y compris par les gosses de la rue. J’ai vu grandir des générations de Sénégalais qui me connaissent depuis école. Nos émissions de poésie à la télé étaient très suivies. On nous interpellait toujours au passage "La voix des poètes".
Je suis restée pendent 20 ans pensionnaire du théâtre Daniel Sorano. Cela m’a permis de tourner à travers le monde et surtout de connaître l’Afrique. Je m’en réjouis parce que pendant tous ces voyages, il n’y a pas eu un seul pays africain où je n’ai pas retrouvé au moins un rythme identique à Haïti. J’attends toujours quelque chose qui me ramène en arrière. En Centrafrique, j’ai assisté à une danse assez érotique. J’ai compris toute de suite qu’on était en région banda. Cela été ainsi un peu partout.

Quel jugement portez-vous sur la situation de Haïti en ce moment ?

Je ne reconnais plus le pays qui était le mien. Je ne reconnais pas cette génération d’Haïtiens qui pillent, qui tuent et prennent les gens en otage.
Le peuple haïtien que j’ai connu est un peuple charmant qui s’est fait entendre quand il fallait. Mais c’était une histoire définitivement réglée par un acte politique qui était l’indépendance d’Haïti. Je suis malheureuse et mortifiée devant ce qui se passe aujourd’hui. Quand va-t-on arrêter, comme dit René Dupestre, de “tirer sur la végétation de clarté de mon peuple" ? On a fait beaucoup trop de mal à ce peuple. Cela va être difficile de faire un retour en arrière. Mon mari dit souvent que revenir sur ses pas, c’est faire du chemin. Je préfère parfois ne pas y penser. Les gens me demandent si c’était bien la peine d’avoir combattu pour échapper à l’esclavage pour en arriver là. Je ne sais pas quoi répondre. Mais je crois que nous avons essuyé les plâtres par tout le monde. A mon avis, jusqu’à présent l’Afrique ne s’est pas montrée assez reconnaissante. Il y a deux ans, à l’occasion du Bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, j’ai été surprise qu’il n’y ai pas eu plus de réactions que cela. Toussaint Louverture, le misérable esclave qui a appris à lire à 43 ans et qui a libéré son peuple, était quelqu’un d’exceptionnel. Je ne connais pas un Africain contemporain qui lui arrive à la cheville. J’attendais de l’Afrique un hommage mérité. Il n’est pas venu. Je fais évidemnent preuve de parti pris. Mais c’est normal pour un homme de l’envergure de Toussaint Louverture. Quand on prend uniquement la fameuse Constitution de 1801 qu’il a proposée à Napoléon, on se rend compte qu’il a offert à la France, sur un plateau d’or le moyen de sortir honorablement de cette horreur que représentait la traite négrière. Mais par arrogance et mépris des Noirs, Bonaparte n’a jamais accepté le projet de Dominions. Il va d’ailleurs par la suite regretter de n’avoir pas fait confiance à Toussaint. Il y a d’autres exemples comme ça qui ne peuvent que rendre fier un Haïtien de Toussaint Louverture, comme de d’autres généraux.

                                                                          Gnimdéwa Atakpama (05/05)

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