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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Magali Comeau-Denis

Magali Comeau-Denis


II y a de la rage dans cette femme-là. Une sorte de hargne tranquille, de violence sereine qui jaillit d’elle comme d’une source éternelle. Quand elle s’exprime publiquement à la tribune officielle du Champs de Mars, cette place historique de Port au Prince qui vit les héros du pays crier leur liberté, son Premier ministre, Gérard Latortue, boit du petit lait. Son discours est si peu académique que le chef du gouvernement goûte le plaisir indicible de la voir dire, avec des mots qui ressemblent à des flèches, ce qu’il ne peut ou veut pas raconter.

C’est bien simple : quand elle parle, on voit la foule engranger de l’énergie comme d’autres des munitions. Nommée Ministre de la Culture et de la communication dans le gouvernement de transition en mars 2004, le pouvoir en place voudrait bien en faire la porte-parole officielle de la République. “Je ne la veux pas. Je garde cette liberté de ton qu’i m’appartient ; la charge qui pèse sur mes petites épaules est déjà bien lourde à porter… " On la comprend. Et elle comprend très bien que son passé de comédienne y est pour quelque chose. Pour autant, cette femme de 44 ans, juriste de formation, n’a pas surgi sur la scène politique haïtienne par hasard. Son mari, Hervé Denis, décédé il y a 3 ans des suites d’un cancer, était une figure nationale déjà populaire. Elle a été, pendant 22 ans, de tous les combats de cet homme qui fut en même temps Ministre dans Le gouvernement de Robert Malval et metteur en scène réputé. La dictature d’Aristide, puis son éviction du pouvoir en 2004, le chaos qui s’en est suivi fait de cette femme une combattante affranchie des doutes qui pèsent sur les engagements partisans. Magali Comeau-Denis mène la lutte à sa façon en créant le Collectif “NON " pour la liberté des artistes et des intellectuels. La voilà dans un champ de bataille coincée entre l’amour de son métier —“mais j’aime trop le théâtre pour chercher à en vivre !” dit-elle — et une lutte pour son pays, qu’elle brandit jusqu’à l’incandescence. “Ma douleur s’est soudainement  transformée en force”, dit-elle, comme pour expliquer sa mue. Nancy, l’une de ses quatre soeurs, murmure qu’elle “a endossé la fonction aussi vite que pour incarner le premier rôle sur une scène ". Et si la culture est un prétexte politique, elle n’en oublie ni le sens, ni la portée: " Regardez ces couleurs, cette poésie, cette danse. Ecoutez ces musiques qui nous parlent. Haïti regorge de talents comme vous n’imaginez pas. Même dans ce chaos, leur liberté de création est intacte.”
A l‘occasion du Festival international du conte et de la chanson qu’elle a organisé en ce mois de mars dernier pour célébrer la Francophonie, et, devant le Président Abdou Diouf venu tout spécialement à Haïti faire résonner dans le monde la langue française, elle n’hésite pas à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas: “ Ici les gens parlent créole. Si on veut que notre pays forme son élite et restaure un état de droit, c’est par le français qu’elle le fera. Cette langue véhicule nos valeurs et l’espoir d’une démocratie qui nous ressemble. Il est temps que tous les francophones des cinq continents comprennent ce qui se joue ici”. Pour l’heure, c’est le Canada qui agit et paie. La France, comme à son habitude, signe plus facilement de beaux discours que des chèques. Seule l’Organisation internationale de la Francophonie déploie son réseau d’influence pour tenter de contrer "la vague lancinante anglo-américaine”. C’est laborieux, mais au moins c’est visible. La Ministre, comme son collègue de l’Education, défend ce qui marche. Comme ce Campus numérique créé par l’Agence Universitaire de la Francophonie, installé tout près de l’Université d’Etat de Haïti et qui permet aux étudiants d’accéder gratuitement aux savoirs et à la Connaissance.

Quand les jeunes viennent à sa rencontre, elle clame haut et fort ”le droit au rêve et à l’utopie dans ce monde” qui, dit elle, “ne pense qu’à l’argent, à l’industrie et aux produits culturels de consommation”. Naïve ou rebelle ? Ni l’une, ni l’autre Magali Comeau-Denis est, derrière un maquillage sophistiqué mais trompeur, l’incarnation même de la simplicité. “La liberté de penser et d’agir pour le bien commun reste la seule bonne raison de se battre pour restaurer l’état de droit dans son pays, comme dans tous ceux qui cherchent encore à faire rimer démocratie avec indépendance.” Pas de panique ! C’est difficile, complexe, mais si tout le monde respecte les vertus du dialogue, que chacun donne du “temps au temps” “pour construire un projet, alors c’est possible”. La ministre montre du doigts ces ONG qui “travaillent bien dans leur coin mais qui s’affranchissent un peu trop de la légitimité républicaine, c’est-à-dire de l’autorité du pays qui les accueillent”; comme ces aides internationales qui s’affichent à coup de projecteurs médiatiques et dont elle n’hésite pas à dire qu’elles “participent autant aux intérêts de la Communauté internationale qu’à ceux d’Haïti". Pas dupe, mais que faire? “Croire en nous, c’est tout!”. Fermer le banc. Devant la déliquescence de l’Etat, la violence larvée qui sévit dans la capitale et la surenchère politique démagogique des opposants de tout poil, seule la perspective d’élections à la fin de l’année donne espoir aux Haïtiens. Les femmes y jouent un rôle majeur car “sans elles le pays aurait déjà touché le fond”. Reste l’avenir, son avenir. "Ma mission s’arrête en février prochain, quand le peuple aura permis qu’un gouvernement gouverne. Un point c’est tout ! ” On veut bien la croire. Mais on a du mal à l’imaginer retourner sur scène pour jouer les seconds rôles.

                                                                               Jean-Michel Djian (05/05)

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