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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


George Pau-Langevin


Partie prenante depuis plus de trente ans de tous les combats en faveur des minorités. George Pau Langevin met dorénavant son énergie au service  des ressortissants des DOM-TOM en tant que Déléguée générale
à l’Outre-Mer de la Ville de Paris. Le prix Excellence reçu lors des Trophées de la Femme d’Affaires Noire organisé par le Réseau Francophone de la Femme d’Affaires Noire en octobre dernier est une juste reconnaissance de son parcours.

Votre rencontre avec des associations de Londres lors de ces Trophées vous a-t-elle donné des idées applicables à Paris ?

Déjà, ce qui m’intéresse, c’est l’idée de mettre en relation des femmes qui font des choses remarquables, ont des responsabilités ou qui prennent des initiatives ce qui manque parfois, ici, à Paris, parce qu’on n’a pas l’habitude, en France, de réfléchir entre Noirs dans ce domaine-là. On le fait dans le domaine de la culture, de l’action sociale pour ce qui est de l’action économique, cela ne semble pas pertinent. Or, j’ai quand même eu l’impression que c’est rassurant ou encourageant pour un certain nombre de femmes qui ont envie de se lancer dans les affaires de s’apercevoir que ce n’est pas bouché.
Donc, ces valeurs d’exemplarité, ces quelques cas, qu’on a signalé, comme cette femme inventeur (Patricia Djomseu), c’est quelque chose qui contribue à développer la confiance en elles-mêmes des jeunes femmes africaines ou antillaises qui veulent se lancer.

L’idée de “Réseau” vous semble t-elle sectaire ?

Nous sommes dans une société où il y a beaucoup de réseaux qui fonctionnent et un réseau de proximité d’origine culturelle ou géographique est quelque chose qui me semble utile sans que ce soit un réseau exclusif. Le fait qu’à un moment donné, des gens d’origine africaine ou antillaise se rassemblent, sympathisent, font des affaires entre eux, ne les empêche pas d’avoir par ailleurs un réseau d’anciennes élèves de leur école, un réseau dans leur quartier, un réseau dans leur famille de pensée philosophique. Donc, il n’y a pas de raison qu’on jette l’opprobre sur ce type de réseau et pas sur les autres.

Quelle est, d’après vous, l’importance des réseaux dans le domaine des affaires ?

Ce qui est vrai, c’est que ceux qui réussissent dans les affaires, ce sont des gens qui — hors ceux qui ont une compétence très particulière — viennent de milieux où on a été commerçants de père en fils. Par exemple, aux Antilles on dit que ce sont les Libanais, qui savent faire des affaires, depuis des temps immémoriaux. On a l’impression qu’ils se transmettent des recettes, des réseaux, mais nous, dans le monde antillais, très souvent, nous n’avons pas eu une tradition familiale dans le commerce. Donc, c’est une tradition que nous n’avons pas et qui est seulement en train de se créer puisqu’il y a  eu une grande période de fonctionnariat. On commence seulement à se lancer dans ce monde-là et il me semble tout à fait légitime qu’il y ait une certaine entraide, un échange d’expériences qui se mette en place.

Parlez-nous un peu de vous, de votre parcours...

Je suis plutôt quelqu’un qui réfléchit et qui s’est engagé pour défendre un certain nombre de valeurs je trouve toujours que la place de l’outre-mer dans ce pays, est insuffisante. Je veux dire que nous sommes dans un pays où il faut être dedans ou dehors. Quand j’étais jeune, il fallait être semblable ou prendre la porte. Et les Antillais n’ont jamais totalement voulu accepter ce choix. Ils ont toujours voulu être dedans en restant eux-mêmes et donc, compte- tenu, du modèle français d’intégration, c’est un choix qui était complexe. Je suis arrivée ici pour poursuivre mes études, après mon lycée à Pointe-à-Pitre où je suis née. J’avais des parents enseignants et je pense que, comme beaucoup de personnes de ma génération, on doit être reconnaissant au combat qu’ont mené beaucoup d’enseignants pour permettre aux jeunes des Antilles d’accéder à l’instruction. C’était la seule manière de sortir de la situation économique précaire de la plupart des gens. Je voulais d’abord être professeur de lettres, donc j’ai commencé par faire la Sorbonne (hypokhâgne) et ensuite, je me suis orientée vers le droit parce que je voulais être avocate. Et c’est vrai que j’ai eu une jeunesse tout à fait préservée. En commençant à travailler ensuite, j’ai pris conscience de la situation difficile des immigrants antillais qui étaient venus travailler ici. J’ai fait un de mes stages chez le célèbre avocat révolutionnaire martiniquais Marcel Manville et c’est vrai que moi qui avais une formation de droit des affaires, j’ai tout de suite été saisie à la gorge par toutes les situations humaines qu’il traitait. Et c’est comme ça que je suis partie plutôt dans la défense des droits de l’homme.

C’est donc de là que date votre engagement avec le MRAP ?

En effet. Une de mes premières affaires avec le MRAP a été de défendre des fonctionnaires antillais qui avaient été mutés d’office pour des motifs politiques et qui faisaient une grève de la faim. Il y avait une ordonnance de 1962 qui permettait de muter d’office des gens qui exprimaient des idées politiques. Il y avait un certain nombre qui voulait retourner eux Antilles dont le frère de Franz Fanon. Ou encore la défense de Noirs américains qui avaient détourné un avion pour protester contre le racisme aux USA. Ils voulaient aller rejoindre les Black Panthers en Algérie. Ils avaient été arrêtés. On a en premier lieu lutté contre leur extradition et puis après on les a jugés en France. Et une des dernières procédures que j’ai faites avec le MRAP a été le procès Papon. Quand on a porté plainte contre Papon dans les années 80, il semblait impossible que la procédure aboutisse. Donc, j’ai passé près de 20 ans dans cette organisation en tant qu’avocate et ça m’a passionnée, même mes clients étaient des gens qui ne pouvaient pas payer et que, par conséquent, mes revenus n’étaient pas extraordinaires.

Pour quelle raison avez-vous quitté le MRAP ?

En 1988, Louis le Pensec m’a proposé de rentrer dans la direction de L’ANT (Agence Nationale pour l‘Insertion et la Promotion Travailleurs d’outre-mer). Et durant plusieurs années, on a essayé de pallier un certain nombre de problèmes que rencontraient les migrants en métropole. Par exemple, on prenait en charge une partie du coût de leurs billets d’avion. En 1993, toute l’action sociale de l’ANT a été supprimée. Et quelques années après — c’est maintenant un sujet brûlant — on s’aperçoit qu’il y un problème de retour au pays. Je me suis donc opposée à cette réforme de 93 parce que je considérais que même si nous sommes Français à part entière, il était important qu’il ait une structure d’accueil, d’écoute, d’orientation pour ces migrants. Donc j’ai quitté L’ANT repris mon cabinet d’avocat. Mais, en 1997, à la faveur d’un changement de gouvernement, on m’a rappelée à L’ANT, qui s’est positionnée sur le traitement économique des difficultés des originaires d’Outre-mer en métropole. Elle se consacre exclusivement à organiser des parcours de formation, de l’accès à l’emploi pour des gens venant de l’outre mer. C’est un rôle éminemment utile, parce que l’une des difficultés majeures des jeunes est l’accès à l’emploi. L’ANT est correctement géré et remplit son rôle mais aujourd’hui, on voit bien au travers des revendications autour des billets, sur les discriminations, etc., qu’on a cassé un outil mais qu’on n’a pas trouvé la solution alternative.
 
Et maintenant, quel est votre rôle au sein de la Mairie de Paris ?

Je suis déléguée générale à l’Outre-Mer de la Ville de Paris. Parallèlement, comme je suis au cabinet du maire, je m’occupe des associations. Sur l’outre-mer, le Maire ma donné toute latitude — si je puis dire — pour mener des actions et c’est à ce titre que je chapeaute le CMAI qui a pour mission de recevoir les originaires d’outre  mer et de les épauler notamment en matière  sociale (recherche d’emploi, de logement, création entreprise). Le CMAI est parisien. Et cela me donne l’occasion de dire à tous ceux qui m’écrivent pour me dire : “Je suis à Bordeaux, à Toulouse”, que je ne peux pas intervenir car mon intervention exige un intérêt local”. Je ne peux pas recevoir tout le monde, puisque j’ai une équipe et qu’il n’y a pas de valeur ajoutée que je le fasse moi-même. Je conçois des événements, et surtout je mets en place des mécanismes et des financements permettant à cette communauté de s’exprimer. Cette année, par exemple, on va commencer à élaborer un schéma et des budgets permettant aux associations de se greffer sur des projets bien structurés. Par exemple, sur l’exposition « Latitudes », je refuse de mettre en avant mes goûts personnels, j’estime que mon travail est de trouver un bon professionnel qui connaisse bien l’art contemporain. Ce que j’essaie de faire est de favoriser l’expression d’artistes.

Est-ce que vous croyez en le 5e DOM ?

Concrètement, il existe. Le nombre d’enfants de parents antillais ou d’origine antillaise puisque nous sommes la 3e  génération, est considérable. Mais, contrairement à une époque où nos parents, nos aînés, expliquaient à leurs enfants vivant en métropole que pour s’intégrer, il ne fallait pas s’intéresser à l’outre-mer, ils sont conscients que c’est une solidité pour un enfant de connaître ses origines, ses racines.

Faudrait-il formaliser ce 5e DOM ?

Non. Ce n’est pas possible. Par le modèle où nous vivons, avec les réglementations européennes, je ne vois pas comment on pourrait le faire. L’important, c’est que les originaires d’Outre-mer comprennent qu’ils ne sont pas citoyens de leur commune d’origine et que leur maire, c’est celui de la commune où ils habitent, même si, à côté, il y a le maire de c½ur.

Quelle est l’action dont vous êtes le plus fière depuis votre prise de fonction ?

Difficile à dire. Nous avons essayé de soutenir des artistes variés, des créateurs qui sont au même niveau que beaucoup d’autres artistes internationaux. Par ailleurs, le carnaval est aussi un grand moment, malgré les imperfections. Nous avons aussi inscrit dans la mémoire des élus parisiens la date de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Et puis il y a eu le changement de nom de la rue Richepanse (qui était un général raciste), devenue Rue du Chevalier Saint-Georges.

Parlez-nous de votre livre, "Guide pratique des Etrangers, Le Droit — Les Démarches"...

Pour tirer les leçons de l’expérience, j’ai voulu faire un manuel clair, bien documenté sur la place des étrangers dans notre société. Il y vingt ans, la discrimination n’avait pas la place centrale qu’elle a aujourd’hui. Maintenant, il ne s’agit plus de donner des droits élémentaires à des populations qui arrivent en Métropole mais surtout de donner une juste place à des gens qui y sont installés depuis des décennies.

Quel est le public visé ?
Les fonctionnaires, les collectivités locales, les tribunaux mais aussi les associations qui ont besoin de conseiller des étrangers.

Quelles sont vos ambitions personnelles ?

J’ai envie de garder un peu de temps pour continuer ma réflexion et mon travail théorique d’écriture afin de donner ma vision des choses. D’un autre côté, il y e des choses à faire sur le terrain. Comme je suis engagée au parti socialiste, il y a une réflexion en ce moment sur le projet socialiste. Après vingt ans d’alternance, de réussites et d’échecs, on peut se demander qu’est-ce que c’est que d’être de gauche quand on est antillais, venant de l’ex-empire. L’Angleterre n’est pas un mauvais exemple pour nous, loin de là. La réglementation européenne peut faire bouger les choses.

                                                                               Kareen Barclais  (04/05)

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