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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Nicole Chardon Irsch

Nicole Chardon Irsch


Nicole Chardon Irsch est professeur de lettres classiques au lycée de Bellevue à Fort-de-France. Les quelques années passées à l’Alliance française dans plusieurs pays de la Caraïbe lui ont valu de choisir comme sujet de thèse, les enfants non francophones. Avec un premier ouvrage intitulé « Epopée de la route de  Didier », paru aux éditions Bénévent, Nicole Chardon Irsch se lance maintenant dans la littérature.

Pourquoi avoir choisi les enfants non francophones ?

Peu de chercheurs se sont déjà penchés sur cette question. Il est vrai que le nombre d’enfants  non francophones résidant à la Martinique et donc fréquentant nos établissements scolaires s’avère relativement peu élevé. Si on veut bien établir une comparaison par rapport à la France hexagonale tout d’abord et aux autres départements d’Outremer, la Guyane en particulier, on se rend vite compte que la Martinique n’est pas le département qui comporte le plus d’enfants non francophones.
Toutefois, faut-il sous prétexte de toujours privilégier la majorité, négliger les minorités ?
Ces enfants sont dotés d’une intelligence tout à fait normale, comparable  à celle des petits Martiniquais ou Européens. Ils ont donc autant de capacités de réussir que nos jeunes compatriotes mais ils sont juste «handicapés » sur le plan linguistique mais non intellectuel, j’insiste bien là-dessus. Un enfant de chez nous quitterait notre île pour un pays dont il ne maîtrise pas la langue il rencontrerait exactement les mêmes problèmes. Avouez que ce constat vaut le coup que ces enfants soient pris en charge ! La première mission de l’enseignement doit être de les rassurer, de leur faire prendre conscience que leur « handicap » n’a rien d’intellectuel.

Ici, à la Martinique, d’où viennent les enfants concernés ?

La majorité d’entre eux sont originaires de la Caraïbe. Haïti, la République Dominicaine, Sainte-Lucie nous apportent à elles seules environ 40% de l’effectif global.
Cependant, la Martinique accueille de plus en plus de petits Chinois et d’enfants venus des nouveaux pays européens, ceux que l’on désignait autrefois sous le nom de « pays de l’Est » et qui font maintenant partie de l’Union Européenne.

Que retirez-vous de votre expérience d’enseignante en pays étranger ?

C’était pour moi une occasion de comparer les différents systèmes éducatifs propres à chacun des pays où j’ai exercé. Ainsi, j’ai pu constater que, en Haïti par exemple, le maître est tout puissant et sa parole est sacrée. C’est très loin de notre système beaucoup plus souple où l’enfant est davantage respecté ! L’une des conséquences fâcheuses pour le petit Haïtien scolarisé à la Martinique, c’est son besoin d’être canalisé. Passer d’un système répressif à un système plus souple, c’est hélas, la porte ouverte au laisser-aller "lè pak la ba, bef  ka janbé" "quand la clôture est basse, les boeufs l’enjambent", dit-on chez nous.
Les enseignants les classent alors tout de suite dans la catégorie "enfants à problèmes", leur collent une étiquette et s’en débarrassent  en les dirigeant vers des voies de garage. Désolée, ce n’est pas leur place.
Résultat, ces enfants son sur-représentés dans ces filières de relégation alors qu’ils ont des capacités à suivre un cycle normal, voire à poursuivre des études supérieures, ils ont juste un obstacle à franchir : la langue qu’ils ne maîtrisent pas assez. C’est tout de même scandaleux d’imaginer que le regard ethnocentrique de nos collègues martiniquais décide à tort de l’avenir de ces enfants.
Il faut juste y ajouter, à leur décharge, le manque criant de formation dont ils sont victimes. Il n’existe pas, par exemple, de CAPES de FLE (Français langue étrangère).

Est-ce la seule raison de leur échec ?

Non, bien sûr ! Il faut dire que pour leurs parents, sortir de leur pays représente le grand rêve, l’El Dorado ! C’est leur principale préoccupation. Malgré les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent à la Martinique, ils se sentent « au paradis » par rapport à ce qu’ils ont connu. Alors, pourquoi se casser la tête à essayer de motiver leurs enfants à sortir d’une misère qu’ils ne reconnaissent plus ?
Commerçants le plus souvent, ils se mettent en tête qu’il suffit tout juste de savoir compter pour gagner sa vie. Ils n’ont pas cette vision beaucoup plus large leur permettant de voir l’Ecole comme la seule chance de pouvoir pousser un jour les portes de l’insertion sociale.
Combien de fois ai-je été scandalisée de voir des enfants manquer 4 mois de classe parce que leurs parents les avaient emmenés avec eux faire du commerce aux Etats-Unis ou au Canada. Le facteur d’échec, les parents ne sont pas des gens très influents comme le sont certaines familles martiniquaises, leurs enfants sont laissés pour compte.

D’un point de vue strictement humain, quelle est votre approche ?

Les médias nous bombardent souvent de termes ronflants comme « la fraternité caribéenne ». L’Education, c’est l’occasion rêvée de mettre en pratique tous ces beaux discours. Dans leur grand dénuement, ces jeunes sont porteurs d’une richesse insoupçonnable : leurs grandes qualités humaines. L’espoir dont ils sont porteurs doit nous interpeller, nous Martiniquais.

De toutes ces populations, lesquelles ont retenu davantage votre attention ?

Moi qui ai longtemps vécu dans l’Est de la France et en Allemagne, je me suis trouvée fascinée par les populations noires réfugiées de Guyane en particulier les Bonis du village de Papaïchton situé sur le fleuve Maroni. L’Histoire même de ce peuple est une véritable leçon de dignité. A la Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, nous sommes là à commémorer sans cesse l’abolition de l’esclavage. Nous commémorons quoi au juste ?
Le moment où la puissance coloniale a bien voulu nous accorder notre liberté, bien inaliénable et sacrée de tout être humain. Eux, ils n’ont pas attendu cela ! Ils ont tout de suite choisi d’en finir avec cette situation inacceptable qu’est l’esclavage et courageusement ils ont reconstitué les sociétés d’où ils avaient été arrachés et qu’ils avaient laissé à contrecoeur sur la terre des ancêtres.
Ca c’est une richesse inestimable ! Les nouvelles générations ont de quoi être fières de leurs aïeux.

Et qu’est-ce qui vous a le plus séduit en eux ?

Leur grande motivation, leur soif de connaissances, comparée au manque de motivation tant des collègues que de l’Administration. Le manque d’intérêt pour ces zones dites déshéritées, le manque de formation et par là-même de motivation des collègues tout cela me pousse à vouloir aller encore plus loin. Quand je pense que à l’IUFM, il n’y a qu’une heure de langue marronne par quinzaine. Bien sûr cela représente déjà une avancée, mais c’est loin d’être suffisant.

Quel remède préconisez-vous ?

Je travaille en ce moment à la production d’un guide pédagogique sur la question. Je ne m’étendrai pas davantage puisqu’il s’agit d’un projet qui est en cours de réalisation mais, le moment venu, vous serez tenu informés.
En tant que linguiste, que pensez-vous du style télégraphique utilisé par les jeunes ?

Moi, je respecte toute langue et tout langage. Ce style est un style purement ludique qui fait d’ailleurs appel à une certaine imagination. Il faut le laisser dans son contexte ludique tout simplement. C’est pourquoi la littérature est extrêmement importante. Il faut que les élèves connaissent également le français bien parlé et surtout bien écrit.

A propos du créole ?

Ce n’est pas à moi de dire laquelle de nos deux langues maternelles est la bonne. Il n’y a pas de hiérarchie à établir entre le créole et le français. Le rôle du linguiste, à mon sens se limite à recenser et à analyser les langues telles qu’elles sont, en toute objectivité.
Y a t-il une opposition entre l’usage de la langue française et l’affirmation d’une identité culturelle dans les années 70, avec l’émergence des mouvements de décolonisation dans la plupart des départements français d’Outremer, où le « parler créole » a fait brusquement surface ? Pour ne pas paraître « assimilé », il fallait absolument mettre le créole à toutes les sauces.
Aujourd’hui, heureusement, les choses ont beaucoup évolué et parler français ne signifie pas nécessairement renier sa race ! Je crois que le français comme le créole doivent cohabiter. Il faut préserver le particulier dans l’universel.

Que dire de votre tout premier roman ?

"L’épopée de la route de Didier" est une véritable fresque romanesque. C’est un hommage aux personnes de ce quartier que j’aime beaucoup et où j’ai plaisir à aller marcher. Ces personnes toutes simples m’ont appris à découvrir des endroits fabuleux au-delà du tunnel de Didier. J’ai donc brodé une histoire imaginaire sur une base réaliste.
                                                                                         Joël Sandot (11/04)

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