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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Amencia Magène

Amencia Magène

Le titre du livre « Haïti en pleurs » d’Amencia Magène est très évocateur de la souffrance de son peuple ! A travers ce qu’elle a appelé un "long- métrage poétique", l’auteur nous dresse un portrait de la situation actuelle de la première République noire du Monde.

Est-ce là votre premier ouvrage ?

Pas du tout, c’est le troisième. J’avais déjà publié deux premiers recueils de poésie intitulés respectivement : "La couleur de mon coeur" et "Haïti, ma bien-aimée". Les deux premiers, édités en Haïti, ont été bien accueillis là-bas.

Pourquoi n’avoir pas édité celui-ci pareillement à Haïti ?

Les deux autres étaient plus  "doux", on va dire, plus"neutres". Lorsque j’ai présenté ce troisième ouvrage aux mêmes éditeurs et à d’autres dans mon pays natal, aucun d’entre eux n’a voulu prendre le risque de le publier. Ils l’ont trouvé trop "chaud". Il est vrai que l’actualité en ce moment au pays est  des plus  "brûlante" ! Un peu de feu en plus ou en moins, ce serait une brûlure de plus. Quoi qu’il en soit, je remercie les Editions Lafontaine de la Martinique d’y avoir cru et de n’avoir pas eu peur de se brûler à la chaleur de mon livre. Le climat à la Martinique est plus "tropical" peut-être ?

D’autres ouvrages en projet ?

Oui, mais top secret pour l’instant !

Quelle est la "souffrance" qui s’exprime à travers "Haïti en pleurs" ?

Déjà, dès le titre, on a une idée de la souffrance du peuple haïtien. Les médias nous en rendent compte régulièrement et je les en remercie.
Cependant la manière dont les choses sont relatées sur les ondes est bien évidemment différente de la manière dont elles se vivent au quotidien sur place.
Moi je me veux en quelque sorte "la voix des sans-voix". Je parle au nom de la masse des personnes "sans voix". Comme la plupart des auteurs et artistes de mon pays, je suis une sorte de relais. Une grande partie de mon peuple est à peine alphabétisée et a du mal à comprendre et encore plus à exprimer tout ce qu’elle ressent par rapport à la situation qui sévit au pays.
C’est un peu dérisoire d’entendre parler sans cesse de "la crise haïtienne" ! Une crise se définit comme quelque chose de passager or, excusez-moi, mais à Haïti, "le passage" est un peu long ! D’ailleurs, à certains moments, je personnifie Haïti. Je sens que mon pays me parle. Il me dit : "Ah non ! Amencia tu ne dois pas rester là, va plus loin, marche !" Marche pour retrouver l’introuvable. Et pour résoudre l’impossible… Et si je poursuis, vous verrez qu’Haïti me parle comme une mère parle à sa fille en me disant : "Pourquoi pleures-tu ?"

Comment expliquez-vous cette "permanence" des tribulations du peuple haïtien ?

Je suis née en 1972, sous le règne de Jean-Claude Duvalier. Je n’ai donc pas connu l’époque de François Duvalier. Je n’ai que des témoignages des aînés dont certains, heureusement, vivent encore aujourd’hui.
Jean-Claude Duvalier est devenu président très jeune. Il n’avait que 18 ans et la maturité que l’on peut attendre d’un jeune de son âge ! Il n’avait de président que le titre. Le réel pouvoir n’était pas entre ses mains.
Quant au président Jean-Bertrand Aristide, au début de son mandat, c’est-à-dire entre 1990 et 1992, régnait une période de légère accalmie. A son retour d’exil, cela a commencé à vraiment dégénérer. Ce qui est ambigu, en Haïti comme dans beaucoup d’autres pays, c’est que le pouvoir politique n’est pas aux mains des Haïtiens mais aux mains des "Etatsuniens". Je n’aime pas le mot
"américain" qui, selon moi, devrait désigner toute personne ressortissante d’un pays d’Amérique du Nord, du Centre- la Caraïbe- ou du Sud.
Ce que l’on reproche à Jean-Bertrand Aristide, c’est d’avoir ramené des soldats originaires de ce riche voisin dans notre pays. C’est perçu comme une grande trahison. Il est certain que Haïti n’ayant pas de pétrole pour intéresser les Etats-Unis, ils ne feront jamais rien pour la sauver. Il ne faut pas rêver !

Le peuple haïtien garde-t-il pour autant l’espoir d’un lendemain meilleur ?

J’ai envie de dire que la question ne se pose même pas. C’est vrai que le peuple haïtien est réputé pour sa patience, sa détermination, son courage. Parfois j’ai l’impression que l’Haïtien qui souffre le plus, c’est celui qui vit à l’extérieur. Les informations nous arrivent de manière alarmante donc nous nous inquiétons, mais lorsque je parle au téléphone avec des personnes restées au pays, j’ai l’impression qu’elles prennent les choses avec une certaine fatalité, une certaine résignation.
Par contre, ce qui m’encourage, c’est la foi du peuple ! Les aînés croient beaucoup en la jeunesse. Ils mettent tous leurs espoirs en nous, les jeunes, pour essayer de sortir le pays de l’ornière.

Et comment la jeunesse vit-elle la situation ?

La jeunesse n’est pas uniforme ; elle est compartimentée. Il y a une mince frange qui vit au-dessus du besoin. Ces jeunes vont à l’école, sont habillés, mangent à peu près à leur faim etc. La plupart des jeunes ne sont ni alphabétisés, ni nourris comme il faut.
Toutefois, j’ai l’impression que dans l’esprit de la plupart des jeunes Haïtiens quel que soit leur rang social, l’avenir n’est pas en Haïti, il est à l’extérieur. Leur rêve c’est de sortir du pays, d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte ! Cependant, pour sortir d’Haïti de manière officielle, il faut déjà obtenir un visa.
Bonjour l’angoisse !

Vous retournez parfois à Haïti. Ne craignez-vous pas pour votre sécurité ?

Je ne me pose pas vraiment de questions à ce sujet. Je fais confiance à la Divine Providence. Je suis bien consciente de toutes façons que je ne suis à l’abri de rien. A partir du moment où l’on écrit des ouvrages, on devient tout de suite un gêneur à abattre, donc tout peut arriver mais, comme je le répète, je ne vis pas avec cette appréhension en permanence dans la tête. Je ne serais pas la première à qui ça arriverait !

Que pouvez-vous nous dire de la vie quotidienne en Haïti ?

Je ne vis plus à Haïti  depuis 2 ans, il me serait donc difficile de répondre de manière objective à cette question… Cependant, il faut savoir que l’Haïtien est quelqu’un de fier. Il est très attaché à sa dignité. Il préfère souffrir en silence que de s’avouer souffrant. Quoi qu’il arrive, il garde le sourire, le sens de l’humour et le courage.
Vous offrez un repas à un Haïtien et même s’il est sur le point de succomber de fatigue, le ventre vide il vous dira : "Non merci, je n’ai pas faim, je viens de manger et je suis repu."
C’est ce qui fait sa force. L’Haïtien préfère mourir avec sa dignité que de vivre dans la honte.
                                                                                        Joël Sandot(12/04)
                                                                       

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