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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Marcelle-Astrid Miré

Marcelle-Astrid Miré

Marcelle-Astrid est la première jeune diplômée docteur en chimie de Martinique, une fierté pour notre petit pays. Pourtant, son diplôme ne lui rapporte pas grand-chose puisqu’elle pointe actuellement au chômage en attente d’un poste de professeur. Son histoire est étonnante et prouve combien les collectivités locales ne se soucient pas toujours du sort de leurs chercheurs.

Agée de 30 ans, aînée de quatre enfants (trois filles et un garçon), Marcelle-Astrid Miré est née à Fort-de-France où elle a effectué toutes ses études jusqu’à l’obtention, en 1993 du Bac C. Ce fut, pour cette jeune fille de 19 ans, son premier grand bonheur que de réussir ce Bac avec mention « Assez Bien ». Heureuse mais aussi confiante dans la suite des études supérieures qu’elle allait choisir. « Enfin titulaire du Bac C, je me suis laissée entraîner dans des études de médecine par mon amie Karen. C’est ainsi que toutes deux, nous avons pris l’avion en direction de la France et, ensemble, nous avons débuté notre première année de médecine à Clermont-Ferrand où nous résidions. Au bout d’un an, Karen a choisi de tout laisser tomber, y compris moi, pour retourner en Martinique, son petit pays qui lui manquait… Attentionnée, elle m’a aimablement permis d’occuper l’appartement de ses parents. J’ai donc effectué seule ma deuxième année de médecine à Clermont-Ferrand. A vrai dire, je supportais mal le climat de cette ville et je me lassais de mon quotidien. D’autant plus que je me rendais compte, au fil de mes études, que la médecine ne me convenait pas du tout. Il fallait que, à mon tour, je prenne le large.

Une autre de mes bonnes copines, Magalie, une Guadeloupéenne qui faisait aussi des études de médecine et qui avait décidé de tout arrêter, me propose alors de venir avec elle en Guadeloupe, de m’héberger et de me lancer, en sa compagnie, dans un Deug de Sciences. J’accepte et, en octobre 1995, une nouvelle aventure débute pour nous. Dans l’île s½ur, j’ai rencontré d’excellents professeurs de chimie, formidables pédagogues qui m’ont donné le goût de cette matière et une extraordinaire envie de m’y impliquer plus profondément .Jusqu’à cette rencontre avec eux, j’avoue que j’étais beaucoup plus mathématiques que chimie ! C’est ainsi que  j’ai effectué mes deux années de Deug en Sciences et aussi mon année de Licence de Chimie en Guadeloupe.
Ces diplômes en poche, de prometteuses perspectives en tête, je reprends l’avion, en 1998, destination la France, et plus particulièrement Rennes où je m’attaque à  la maîtrise de Chimie, avec l’intention de poursuivre un D.E.A en chimie fine. Mon contrat rempli, je suis de retour en Martinique, au début de l’année scolaire 200/2001, et me retrouve intégrée au sein de l’Université des Antilles et de la Guyane (U.A.G) où je dois réaliser une thèse de doctorat sur la valorisation du tronc de bananier, notamment sur la production de la pâte à papier ».

Mais, il y a un problème de taille. En Martinique, il n’existe pas d’infrastructure lui permettant de développer son projet, et ce bien qu’elle ait défendu celui-ci devant le Conseil régional de la Martinique, qui l’a approuvé et qui accepte de le financer. Qu’à cela ne tienne : la Collectivité régionale, fermement décidée à soutenir la jeune chercheuse pleine de promesses, versera les fonds à l’U.A.G, qui réglera la facture à l’Institut National Polytechnique de Toulouse (I.N.P.T), où Marcelle-Astrid réalisera ses recherches…

« J’ai travaillé à Toulouse sur ce projet pendant quatre années, à l’occasion desquelles il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de faire le va-et-vient entre la France et la Martinique afin de me rendre dans les bananeraies de l’île pour y couper, moi-même, les troncs de bananiers que je transportais ensuite- à mes frais- jusqu’à mon laboratoire de Toulouse. N’était-ce pas le matériau indispensable à mes recherches ?

Mon boss, Michel Delmas, professeur des Universités à Toulouse, qui supervisait l’équipe de chercheurs au sein de laquelle j’évoluais, est un personnage d’une grande bonté, d’une grande générosité en même temps que d’une grande rectitude, avec qui il fait bon travaillé. Il m’a toujours beaucoup encouragée et aidée dans mon travail ; il m’a soutenue non seulement moralement  mais financièrement, et pas seulement dans le cadre de mes activités universitaires. Et j’en profite ici pour lui exprimer toute ma reconnaissance.
Pour en revenir à Toulouse, le Laboratoire Catalyse, Chimie Fine et Polymères a travaillé sur des projets similaires au mien, à partir de paille de riz du Viêt-Nam, de paille de blé et de sorgho sucré du Maroc. Pour ce qui concerne le tronc de bananier, il faut savoir qu’il comporte 92% d’eau et 8% de matières sèches : tout ce qui est constituant chimique est utilisable. Le but de mes recherches n’a jamais été de trouver quelque chose qui remplacerait la culture de la banane, mais plutôt d’y apporter une valeur ajoutée. Ainsi, à partir du tronc de bananier, qui, une fois le régime enlevé, est aussitôt coupé et abandonné au sol, on peut produire de la pâte à papier, également de la lignine, molécule polyphénolique pouvant servir à la fabrication de résine phénolique. Tous les extraits du tronc de bananier sont utilisables, et ce dans des domaines  très divers : amendement des champs, alimentation animale, pharmacologie… J’ajoute que la pâte à papier peut être aisément blanchie grâce à un procédé sans chlore. Ces procédés utilisés dans le cadre de mes recherches ont tous été brevetés par le Professeur Michel Delmas du L.C.C.F.P. Faut-il vous dire que, en utilisant ces procédés de fabrication, il n’existe ni pollution de l’air, ni pollution de l’eau !

« Ainsi donc, après la recherche fondamentale que j’ai réalisée en université, au cours de cette thèse, il convient, maintenant, de se diriger vers une recherche appliquée de ce travail.
Ce qui signifie que nous devons, en Martinique, nous mobiliser sérieusement  pour développer une infrastructure permettant l’application de telles recherches à grande échelle !
En fait, ces infrastructures existent déjà chez nous, qui pourraient nous permettre de concrétiser ce projet à moindre frais ! Il y va de la seule volonté de nos décideurs. Oui, c’est cela, il suffit seulement de le vouloir… »

Après onze années passées à étudier et faire moisson de diplômes loin de son petit pays, Marcelle-Astrid Miré est de retour. Le 2 juillet 2004, elle présente à l’Université des Antilles et de la Guyane, sa thèse de doctorat sur le sujet suivant « Séparation des Biopolymères de tronc de bananier en milieu acide organique : obtention de pâte à papier blanchie, lignines et sucres ». Le jury, présidé par M. Paul Bourgeois, professeur à l’U.A.G (Guadeloupe), et composé de Mme Bouchra Benjelloun, ingénieur de Recherches, D.E, à l’I.N.P de Toulouse, M. René Bravo, professeur à l’U.A.G (Martinique) et directeur de thèse, M. Michel Delmas, professeur à l’I.N.P.T, M. J.Banoub, professeur à Terre-Neuve (Canada) a conféré à Marcelle-Astrid Miré le diplôme de docteur de l’U.A.G, spécialité Chimie, assorti de la mention « Très Honorable, avec les félicitations du jury ». En présence de M. Raymond Rosemain, directeur du Centre technique de la canne et du sucre, en Martinique.

Après quelques éloges, plutôt destinés à l’U.A.G, sur le petit écran officiel, Marcelle-Astrid Miré, faute de se voir proposer un emploi, a pris tout droit le chemin de l’A.N.P.E.

Triste Martinique, tristes élus pour qui le pays compte si peu. Quelle désolation, quelle rage lorsque l’ont sait la situation actuelle de la banane antillaise, la grave crise économique dans laquelle elle nous plonge ! Quel gâchis !
Malgré tous ses déboires et le constat que son énorme travail n’a, pour le moment, pas servi à grand-chose, Marcelle-Astrid pense attaquer une agrégation de Sciences Physiques, option Chimie, au sein de l’Académie des Antilles et de la Guyane, car elle en a assez de voyager.

Maman d’un petit garçon âgé de 2 ans et demi, Amaury-Killian, qui fait son bonheur, elle a jusqu’à maintenant toujours réussi à mener parallèlement sa vie de maman et de chercheur.
« La présence de mon fils à mes côtés m’a plutôt aidée à surmonter mes durs moments. En fait, mon fils chéri et aussi le Seigneur m’ont beaucoup donné et je leur dois une grande part de ma réussite », explique cette femme aux multiples talents.

Sportive, Marcelle-Astrid qui a pratiqué la natation, la danse classique et joué au piano s’avoue une passion récente pour la moto : « J’ai passé mon permis il y a deux ans et je compte bien, dès que cela me sera financièrement possible, m’offrir une 750 Z Kawa comme celle de mon frère. Ensuite, je pense adhérer au Biker-Girls de la Martinique ». Très intéressée par les films d’horreur, d’angoisse, notre jeune chercheur avoue davantage regarder des films à son domicile qu’aller au cinéma.

Obstinée, têtue, elle se décrit comme quelqu’un qui a beaucoup de principes.
« Certains prétendent que j’ai un très mauvais caractère, que je suis autoritaire, que j’aime commander, que je me sens supérieure aux autres. Mais je vous assure que ce n’est pas vrai ! Je suis trop simple, trop proche des gens, serviable, gentille. Je suis une grosse travailleuse. Par contre, je trouve que je suis très susceptible, je prends tout de travers, je fais une montagne d’un rien !
Et c’est vrai que je n’ai pas beaucoup d’humour ».

Bonne maîtresse de maison, et cuisinière hors pair, elle compare la cuisine à sa matière préférée. « La cuisine c’est de la chimie : on mélange des produits pour obtenir des couleurs diverses, des goûts, des odeurs !... »

                                                                        Christian-Alain Modeste (12/04)

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