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Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Raymonde Palcy

Raymonde Palcy

"Négropolitaine", comme elle se définit elle-même, de part son grand-père martiniquais et sa grand-mère métropolitaine, Raymonde Palcy s’est intéressée aussi bien aux auteurs de la négritude et à l’exploration d’oeuvres issues de la diaspora noire qu’au théâtre noir, qu’elle interprète dans les "Frères Volcan" de Vincent Placoly, "Pluie et vent sur Télumée miracle" de Simone Schwartz-Bart, "Hilda" de Marie N’Diaye, "Jazz" de Toni Morrisson ou "Lettres indiennes" de Gerty Dambury…

La comédienne martiniquaise a créé à Lyon sa propre compagnie, "La Poursuite" qui depuis dix ans, est un "déclencheur d’idées" et de paroles sur les grands questionnements sociaux d’aujourd’hui. Elle joue le premier rôle de la pièce  "Petite négresse de l’île Saint-Pierre", un plongeon mi-fiction, mi-réalité dans sa propre biographie mise en scène par Claude Défard, aux côtés de la comédienne Marcelle Basso et du comédien musicien  congolais Robbas Biassi Biassi.

Parlez-nous de votre carrière théâtrale…

Au départ, je voulais être danseuse et chanteuse d’opéra. Mais à l’époque, comme disait ma grand-mère, il n’y a pas de Noirs à l’opéra ! Quand j’ai pu me payer mes propres cours de danse, il était trop tard pour que je m’exprime par la danse et j’ai choisi une autre façon de le faire : le théâtre. Je n’en n’ai pas fait mon métier tout de suite. J’ai commencé par des stages dans les années 75-80. Alors institutrice, un ami qui, lui, avait sauté le pas en devenant artiste, m’a suggéré, en me voyant faire autant de stages de théâtre, d’en faire mon métier…Du coup, cette idée a fait son chemin, j’ai progressivement abandonné mon métier d’institutrice. En 1993, j’ai créé une compagnie théâtrale, plusieurs années après être devenue comédienne, en 1988, plus précisément.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre compagnie ?

C’était pour moi la possibilité de m’exprimer comme je voulais. Une parole que j’avais envie de porter. Suite à la pièce "Le Sas" de Michel Azama jouée en 1992, j’ai créé cette compagnie.

Vos rêves de comédienne correspondaient-ils alors à la réalité du métier ?

Pas vraiment. A la suite du "Sas", je suis tombée sur un livre, "Parole d’esclaves", de James Mellon, une découverte extraordinaire du fait que la littérature de l’époque ne parlait pas de l’esclavage. Je l’ai feuilleté et j’y ai trouvé des témoignages recueillis par un Américain auprès des derniers esclaves vivants aux Etats-Unis et auprès de leurs anciens maîtres vivants. Ces histoires de vies m’ont vivement touchée. Je me suis alors mise à rechercher des informations sur l’esclavage, en bibliothèque. Imaginez…Dans les années 90, il n’y avait rien sur l’esclavage au rayon français ! C’est là que je me suis dit qu’il fallait porter cette parole. En tant qu’être humain, la parole de l’esclave ne pouvait être unique, mais plutôt multiple. Je mettais alors en parallèle ce que je venais de jouer sur la prison.  Ce qui fait qu’un homme reste un homme, et qui différencie l’homme de l’animal, même dans la plus grande douleur, qu’il s’agisse de détenus ou d’esclaves, c’est le rire, la parole et cela m’a beaucoup frappée.

Vous jouez le premier rôle de la pièce "Petite négresse de l’île Saint-Pierre", qui est un peu votre histoire. Comment l’idée d’une telle mise en scène a-t-elle germé ?

Cette petite négresse de l’île Saint-Pierre, c’est en grande partie mon histoire. L’île Saint-Pierre était un quartier de la banlieue parisienne, plus particulièrement d’Alfortville. Comme dans toutes les familles, on aime à raconter notre enfance. Mon compagnon, qui a eu une enfance très différente de la mienne, aimait nous entendre en parler et pensait qu’il fallait écrire nos histoires. A force de m’entendre parler de tout cela, il s’est mis à noter tout ce que je racontais. Au bout de plusieurs années -4 ou 5 ans-, lors d’un voyage il s’est mis à écrire une pièce à partir de mes souvenirs d’enfance. Il y a deux ans, il m’a montré ce qu’il avait écrit et j’ai éclaté en sanglots. Il m’a demandé si d’une part je ne me sentais pas trahie et d’autre part d’annoter ce sur quoi je n’étais pas d’accord, tout en insistant sur le fait que cette pièce devait garder un ressort à la fois dramaturgique et cocasse. J’ai compris sa démarche et intégré que quand on met en scène une autobiographie, il y a toujours une part de création artistique qui ne respecte pas forcément la vérité. Il a raconté notre vie à travers trois personnages : une petite fille représentée par "Elle", "L’autre", une habitante de l’île Saint-Pierre de la même génération, qui pose un ½il extérieur, et le griot-au-chômage, cet homme venu d’Afrique. C’est un peu ce qui se passe dans la vie, un même évènement est raconté différemment par les personnes qui le vivent.

Est-il facile de revivre sur scène quelques morceaux choisis de sa vie ?

C’est la première fois que je le fais. Au départ, j’avais quelques appréhensions, mais dans la mesure où cette pièce est écrite avec trois personnages, je ne joue pas Raymonde Palcy mais "Elle". Il faut forcément dissocier les personnages de soi. La petite négresse dans cette histoire est très ludique. L’½il extérieur de Claude Défard me juge certainement mieux que je peux le faire moi-même. Tout en appartenant à une famille ballottée à droite comme à gauche, j’étais une gamine rieuse. J’avais toujours des mauvaises notes en classe parce que j’aimais rigoler ou bavarder. Il a su sauvegarder le fond.

Aviez-vous des appréhensions quant au regard du public ?

Non. Il est vrai que cette pièce dévoile beaucoup d’aspects de ma vie. Nous avons eu l’occasion d’en faire une première lecture au festival d’acteurs de Tours en mai dernier. Ensuite, il y a eu une discussion avec le public. Certaines personnes ont été émues, d’autres ont ri et à la fin beaucoup se sont mis à raconter leurs propres histoires. "La petite négresse", c’est aussi l’histoire d’une grand-mère et des rapports qu’elle entretient  avec sa petite-fille. Cet échange a été très fort. Finalement, parce que c’est l’histoire d’êtres humains, elle est universelle !

Quel est le message de la pièce ?

Croire en la vie. Lutter pour le rêve. La pièce se termine sur "Que le rêve devienne réalité".

Quel est son genre théâtral ?

On pleure, on est ému, on rit. C’est une pièce bon enfant, retraçant la relation entre l’enfant et l’adulte, la relation privilégiée entre un enfant et ses grands-parents, le regard de l’enfant sur le monde adulte. On y retrouve le côté comédie lié à l’enfant tout en parlant d’une grand-mère hors norme, fantasque qui commande un poulet en dépensant l’intégralité de sa maigre paie et en le mangeant en entier avec la gamine dans le lit. C’est une grand-mère marginalisée par la société. L’histoire commence par un épisode avec mon institutrice, qui m’avait dit un matin : "Nous allons faire un très grand voyage…Fermez les yeux…" Et puis, elle nous a emmenés en Afrique. En ouvrant les yeux, il y avait une grande fresque au tableau, j’y étais vraiment parce qu’en étant antillaise je me sens tout à fait africaine. Lorsque, à mon tour, j’ai été institutrice j’ai fait faire ce voyage à mes élèves.

Un mot de la fin ?

Battons-nous pour exister, pour le rêve. J’ai commencé à vivre à 30 ans, quand j’ai découvert ce qu’était qu’être noire et quand j’en ai été fière. Aimons-nous comme nous sommes. La différence n’est pas dans la couleur de peau.
                                                                              
                                                                              Camille Vieux-Fort (12/04)

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