Planet Antilles

   Accueil        
 
Partenaires

Accueil
Jeudi 20 Juillet
Sainte Marina
Les îles à découvrir
La Guadeloupe
La Martinique
Les Saintes
Marie-Galante
Désirade
Saint-Martin
Saint-Barthélémy
La Barbade
La République Dominicaine
La Réunion
Planet gastronomie
Recettes
Planet services
Annonces
Envoyez vos cartes
Galerie photos
Horoscope
Trafic routier en Ile de France
Météo
Contact & gestion
Qui sommes nous ?
Publicité sur le site
Nous écrire
Mentions légales
Rejoignez-nous
Problème sur le site

Femmes créoles avec AMINA LE MAGAZINE DE LA FEMME


Christiane Taubira

Christiane Taubira


Christiane Taubira a participé aux rencontres de Pétrarque, à Montpellier, du 19 au 23 juillet 2004. Thème de ces 19 es rencontres ? La frontiÈre. Extraits de la communication prÉsentée par la députée de Guyane, à l’occasion de la table ronde intitulée "Vers un monde sans frontières  ?"

« Y a-t-il une utopie derrière le sans-frontiérisme, si oui, quelle est-elle, par quelles forces est-elle portée, à qui profite-t-elle ? » Et notre interrogation ne se situe pas à n’importe quel moment de l’histoire des sociétés humaines, mais alors que la mondialisation semble donner sens et rythme aux individualismes et aux nouveaux corporatismes, et perturber considérablement ceux de l’action publique. 
« Le monde entier se créolise » ,
écrivait Edouard Glissant, auteur martiniquais brillant, récemment pressenti pour l’Académie française. Cette pensée n’est pas fantaisiste. Qu’est-ce que la créolisation et je devrai dire que sont les créolisations parce qu’il en existe autant de formes qu’il y eut de territoires, où des populations de cultures différentes qu’il y eût préalablement des autochtones comme aux Amériques, dans la Caraïbe, aux îles du Cap vert ou qu’elles aient été totalement transportées comme à l’île de la Réunion ou aux Mascareignes, se sont trouvées en contact et en besoin de communication.

Les sociétés créoles sont multiples : le Nord et le Centre du Brésil, les Antilles, la Guyane, mais aussi les Philippines, Hawaï, Zanzibar, le Cap vert, les Mascareignes, les Seychelles…/…

Les Antilles, elles, appartiennent géographiquement à l’arc caraïbe. Ensemble d’îles sous domination française, britannique, hispanique ou néerlandaise, elles ont, de façon manifeste, ce qu’il est convenu d’appeler des frontières naturelles.

Que représentent ces frontières pour l’esclave ?

En Guyane, la forêt se fera hospitalière pour accueillir les Nègres marrons, ces esclaves évadés, qui parviendront à échapper à la chasse aux esclaves et résideront parfois plus de trente ans à l’intérieur de l’Amazonie sans aucun contact avec la société esclavagiste. Les langues et cultures amérindiennes vont ainsi survivre au système colonial, de même que les langues bushinengué, de structure africaine. Par contre, très vite, l’économie de plantation va s’essouffler et les descendants de maître vont pratiquement disparaître.

Aux Antilles, au contraire, le marronnage dure peu de temps. Acculé par la mer, le Nègre marron finit par être repris, même s’il récidive. Il est bon de rappeler que le Code Noir autorisait le maître à couper un bras de l’esclave après la première évasion, une jambe après la seconde et à mettre à mort après la troisième. Ces frontières physiques vont contribuer à enfermer l’esclave dans l’économie de plantation. Qui dure encore aujourd’hui sous la forme du salariat agricole. Les descendants des maîtres, les Blancs pays que l’on appelle parfois les Békés, ce qui peut être péjoratif ou non, les Blancs pays, Blancs Créoles donc, pourront asseoir un patrimoine foncier, un appareil économique, des fortunes financières.

Par contre, les langues créoles vont se développer en dépassant la simple nécessité. Que représentent les frontières pour les maîtres ? Principalement les limites protectrices de leurs biens et de leurs privilèges. A telle enseigne que chaque fois qu’ils n’obtiennent pas satisfaction des pouvoirs publics, monarchiques ou impériaux, par exemple lorsque les importations de rhum des colonies vers la métropole seront contingentées parce qu’elles concurrencent les eaux-de-vie du royaume, les colons, les maîtres vont menacer de rallier les Anglais. Ils feront de même avec Napoléon qui cèdera en rétablissant l’esclavage en 1802. Et, d’ailleurs, lorsque les Conventionnels avaient aboli l’esclavage en 1794, ils n’étaient pas dupes puisque Danton s’est écrié « les Anglais sont foutus ». Autrement dit, les anciens esclaves attachés à la France au nom de la liberté et de l’égalité vont renforcer les troupes françaises et faire contrepoids aux maîtres qui s’apprêtaient à rejoindre la flotte anglaise qui contestait la suprématie française sur Saint-Domingue, ancien nom d’Haïti. Il n’y a donc pas, chez ces colons, de manifestation d’attachement, au sens patriotique du terme, aux frontières de la colonie comme prolongement des frontières de la Nation. Bien entendu, au fil du temps, l’émergence de catégories « raciales » intermédiaires, puis l’avènement d’une classe moyenne va changer le rapport des descendants de maîtres, qui n’aiment plus guère être appelés Békés, et il s’en trouvera qui nourriront un attachement au territoire aussi fort que les descendants d’esclaves.

L’extrême mobilité des frontières du monde colonial trouve donc exclusivement ses mobiles dans les conflits d’influence des puissances européennes. Et ces puissances, très pointilleuses sur le respect de leurs frontières, sauront procéder à un dépassement des frontières juridiques et commerciales, principalement l’Espagne qui vendra dans toutes les puissances européennes des Asientos, c’est à dire des licences d’exploitation de navires négriers, l’équivalent des lettres patentes françaises, dès lors que l’Etat aura décidé de se départir du monopole d’exploitation à travers ses compagnies et comptoirs.

Du côté des esclaves également auront lieu des expériences de dépassement de frontières. Lorsque l’insurrection victorieuse aboutie à Haïti, la première Constitution établie par Toussaint Louverture stipule que toute personne foulant le sol d’Haïti accède à la liberté et à la nationalité.

Ouverture considérable pour tous ces esclaves des autres colonies de la Caraïbe coincés dans leurs limites territoriales, et dont le marronnage était toujours éphémère. Ils vont plus loin, puisque Toussaint Louverture et Simon Bolivar concluent un accord sur le Pan Américanisme et que Toussaint va faire livrer des armes à Bolivar et lui envoyer des hommes pour combattre la puissance d’Espagne.

Le dépassement des frontières par les puissances coloniales était motivé par le commerce et un rapport de force précaire entre leurs ambitions coloniales respectives. Le dépassement des frontières par les anciens esclaves trouvait sa source dans l’exigence d’appliquer les valeurs républicaines énoncées dans la première déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen dont le Général Toussaint Louverture à Haïti et le Colonel Louis Delgrès en Guadeloupe, se réclament ouvertement.
                                                                                                           (09/04)

            retour


Newsletter
 S'inscrire à la newsletter >>

 

Plan du site
Copyright © 2004 Planetantilles.com tous droits réservé
Création :Torop.net - Site mis à jour avec wsb.sw4torop.net